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Avec Joe Biden l’impunité d’Israël va continer...

lundi 9 novembre 2020 par Richard Labévière

Donald Trump a accordé à Israël à peu près tout ce qu’il pouvait espérer : la reconnaissance de Jérusalem comme capitale, celle de l’annexion du Golan, le « plan Kushner », la fin des subventions américaines pour l’UNRWA, et bien-sûr la normalisation avec trois nouveaux pays arabes : Emirats arabes unis (EAU), Bahreïn et Soudan. Tout cela, en plus flagrante violation du droit international, des résolutions des Nations unies, de la justice et de l’équité…

Lorsqu’il s’agit d’Israël, le droit international, la justice et la morale cessent d’être pertinents. La culpabilité des Etats occidentaux face à l’Holocauste et sa mémoire prévaut dans tous les cas de figures, laissant carte blanche à l’Etat hébreu quoiqu’il puisse entreprendre !
En face, les Palestiniens n’ont pas voix au chapitre et surtout pas le droit d’invoquer la même législation internationale.

Avec la complicité des Etats-Unis, l’Arabie saoudite a pu égorger le journaliste Khashoggi et emprisonner des centaines d’opposants ; Recep Tayyip Erdogan a pu, lui aussi supprimer toute espèce de contestation politique, instaurant une dictature qui ose prétendre intégrer l’Union européenne…

Malgré tout, Donald Trump pouvait se prévaloir de soutiens non négligeables dans les pays arabes. Essentiellement parce qu’il a fait de l’Iran son principal ennemi dans la région, rompant avec la politique de son prédécesseur. En effet, l’administration Obama avait paraphé l’accord international (Cinq plus un : les pays membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne). Donald Trump s’est empressé de sortir les Etats-Unis de ce club comme du Traité de non-prolifération et comme de celui sur les missiles de portée intermédiaire.

Par conséquent, la défaite de Trump est plutôt une bonne nouvelle même si les tendances lourdes risquent de perdurer faisant d’Israël quasiment le 53ème Etat des Etats-Unis. Mais avant de désespérer complètement du nouveau locataire de la Maison Blanche, examinons de plus près son itinéraire.

VERITABLE EXPERIENCE DES RELATIONS INTERNATIONALES

Contrairement à son prédécesseur, Joe Biden peut se prévaloir d’une certaine expérience des relations internationales. Sénateur à 30 ans, il a présidé la Commission des Affaires étrangères du Sénat. Cet acquis a été complété par ses 8 années de vice-présidence aux côtés de Barack Obama. Dans ces conditions peut-on espérer renouer avec un certain sens de la longue durée qui voit plusieurs convergences entre Démocrates et Républicains à l’opposé des dossiers de politique intérieure qui constitueront de très probables terrains d’affrontement.

Afin de rompre d’une manière très symbolique avec l’héritage Trump, les conseillers de Joe Biden ont annoncé la tenue – au cours de sa première année de présidence – d’un « Sommet mondial pour la démocratie, contre les régimes « illibéraux » et « autoritaires ». Cet ajustement ramènerait les choses dans la ligne stratégique traditionnelle des Etats-Unis et clôturerait ces quatre dernières années émaillées de Tweets, tous plus grotesques les uns que les autres. Concernant les Proche et Moyen-Orient, on peut s’attendre à voir réaffirmés les objectifs des vingt dernières années :

Une alliance toujours privilégiée avec le régime de Tel-Aviv ;
La recherche d’une certaine stabilité régionale ;
Un Iran dépourvu de nucléaire militaire ;
Le maintien d’un partenariat avec l’Arabie saoudite fondé sur de substantielles ventes d’armements ;
Une autre relation privilégiée avec les EAU ;
Enfin, la justification de ces différents objectifs par une lutte durable contre le terrorisme.

L’OBESSION ISRAELIENNE

Une véritable rupture est intervenue en 2018, avec la délocalisation de l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, et ce en violation de plusieurs résolutions des Nations unies. Ce coup de force avait été entériné par les parlementaires étatsuniens dès 1995. Le pompon, c’est que cette infamie a été justifiée par des « raisons de sécurité ».
Bon dos la sécurité, qui sert souvent à imposer l’arbitraire et l’inacceptable…

En avril dernier, Joe Biden a déclaré qu’il ne reviendrait pas sur cette décision, mais qu’il souhaitait un « rééquilibrage » en rouvrant le consulat américain de Jérusalem-Est, afin de maintenir un « canal de contact et d’échanges » avec les Palestiniens.

L’autre dossier important concerne plusieurs évolutions diplomatiques récentes, tout particulièrement entre Tel-Aviv et les EAU, ces derniers ayant monnayé la normalisation de leurs relations avec Israël contre leur volonté d’acquérir des avions américains furtifs F-35. A ce jour, dans tout le Moyen-Orient, seul l’État Hébreu dispose de cet appareil très sophistiqué, dit de cinquième génération.

Le 23 octobre dernier, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré que son pays ne s’opposerait pas à la vente par les États-Unis de F-35 aux EAU. Cette décision reste conforme à la politique américaine de toujours « équiper l’armée israélienne des matériels les plus sophistiqués lui permettant de conserver une supériorité technologique incontestable face à l’ensemble des pays de la région.

En contrepartie de cette concession très symbolique, Tel-Aviv exigera certainement de pouvoir disposer d’un « Qualitative Military Edge » qui se traduira très probablement par un engagement de recevoir le F-35 – avion furtif de pénétration – que Washington a toujours refusé d’exporter jusqu’à ce jour, même à leur allié japonais face à la Chine. Les EAU seront alors le seul pays arabe à disposer d’avions furtifs.

Selon plusieurs de nos sources militaires, les premiers exemplaires pourraient être entre les mains des pilotes émiratis d’ici deux ans. Le signal envoyé à l’Iran sera parfaitement clair. L’avion le plus performant de l’armée de l’air iranienne est le Phantom F-4, célèbre par sa silhouette et sa participation massive à… la guerre du Vietnam. Une aviation iranienne obsolète aura en face d’elle l’avion de chasse le plus moderne et performant du monde.

Une influence plus bénéfique des Émirats pourrait concerner le dossier turc, Abou Dabi essayant d’attirer l’attention de Washington sur l’activisme turc s’appuyant sur le réseau international de la Confrérie des Frères musulmans passant notamment par le Qatar ! En effet, les EAU joue, depuis plusieurs années, un rôle de premier plan contre l’islam politique dans la région et même au-delà… Joe Biden devra notamment arbitrer et se positionner clairement face aux provocations répétées du président turc Recep Tayyip Erdogan, allié de plus en plus imprévisible au sein d’une OTAN à la dérive, ou tout au moins en manque de missions clairement établies.

REGLE DE TROIS

Aujourd’hui et depuis le début des années 2000, les États-Unis sont engagés de la Syrie au Qatar en passant par l’Irak, le Koweït, Bahreïn, les Émirats et… Djibouti. En fait, la première puissance mondiale n’a jamais été aussi impliquée militairement et politiquement dans cette région du monde.
Le « Central Command » – le centre de commandement opérationnel du Pentagone pour l’ensemble des Proche et Moyen-Orient est basé au Qatar. Il y a quelques semaines, plusieurs centaines de blindés lourds ont été acheminé en Syrie, afin de soutenir les factions (majoritairement jihadistes) engagées contre l’armée nationale syrienne ! Comprenne qui pourra… Joe Biden poursuivra-t-il cette politique de gribouille ? A voir…

En 2021, l’Iran aura vraisemblablement un nouveau président : élu à deux reprises (en 2013 et 2017), Hassan Rohani devra donc céder sa place. Pour l’instant, le Guide suprême n’a pas mentionné de possibles prétendants. Toujours est-il que ce double changement à Washington et à Téhéran n’infléchira vraisemblablement pas la géopolitique régionale. Téhéran poursuivra certainement ses engagements en Syrie, au Liban, en Irak et au Yémen en continuant à soutenir le Hezbollah d’Hassan Nasrallah, l’une des organisations politico-militaires les plus puissantes de la région.

De fait Joe Biden semble condamné à reproduire la règle de trois qui conditionne la posture régionale américaine depuis des décennies : soutien inconditionnel au régime de Tel-Aviv ; défiance renouvelée à l’égard de Téhéran ; et, autre soutien tout aussi inconditionnel de la dictature saoudienne, deuxième importateur mondial d’armements…

A l’évidence Riyad mettra tout en œuvre pour qu’une pression maximale continue à être exercée sur le pouvoir iranien, en échange de quoi les princes continueront à prôner une normalisation avec Israël. D’ici la fin du mois, la monarchie pétrolière devrait accueillir le prochain G-20. Même si ces initiatives restent plutôt virtuels, la diplomatie saoudienne mettra en avant ses « progrès » obtenus au Yémen et aura intérêt à s’adapter au nouveau style Biden.

L’ÉTAT PROFOND

Les grandes options de la politique étrangère et stratégique américaines s’élaborent dans les profondeurs de l’État : Pentagone, Département d’État, services de renseignement et directoires des grandes sociétés multinationales. Par conséquent, il ne faut pas s’attendre à de spectaculaires changements. Discours et style trancheront certainement avec les coups de menton et les Tweets de Donald Trump, mais les décisions les plus importantes et leurs suivis confirmeront à l’envie un objectif général et générique : la reproduction, sinon l’accroissement des intérêts économiques, énergétiques et stratégiques de la première puissance du monde.

Dans tous les cas de figures, la règle de trois continuera de s’appliquer en commençant par l’entretien d’une proximité politique et culturelle avec Israël. Deuxième dimension quasiment mathématique : un soutien politique et militaire de la dictature saoudienne et de son avenir dynastique.
Enfin, une relation plus étendue et plus profonde – organiquement – avec les Émirats arabes unis (EAU) qui financent – eux-mêmes – plusieurs États importants du monde arabo-musulman, à commencer par l’Égypte.

Bien-sûr, on jugera ce bon Joe sur pièces, mais on peut d’ores et déjà prévoir, sinon miser sur un changement dans la continuité… dont la poursuite de l’annexion israélienne des territoires palestiniens et de la construction de nouvelle colonies… rien de très réjouissant.


Voir en ligne : https://prochetmoyen-orient.ch/avec...

   

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