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"Sécurité globale" : Darmanin veut gagner la "guerre des images"

mardi 17 novembre 2020 par Romain Herreros

Les mesures sur les images des forces de l’ordre s’inscrivent dans une démarche visant à "riposter" sur les réseaux sociaux.
L’élément de langage est rodé, et il est répété à l’envi par Gérald Darmanin. A travers la loi “sécurité globale” examinée à l’Assemblée à partir de ce mardi 17 novembre -qui propose entre autres d’instaurer un floutage des images des policiers avant leur diffusion sur les réseaux sociaux-, il s’agit de “protéger ceux qui nous protègent”.

Même justification pour une autre disposition, moins médiatisée, mais qui concerne également cette bataille de l’image qui est menée place Beauvau : la diffusion sur les réseaux sociaux d’images filmées par les forces de l’ordre. Plus précisément, il s’agit de l’article 21 qui permettra “l’information du public sur les circonstances de l’intervention, dans le respect de la protection de la vie privée des individus filmés par les agents” via les images captées par les caméras piétons déployés sur les policiers.

“Communication politique”

L’objectif, assumé, est d’offrir le contre-champ d’une séquence montrant des affrontements qui serait abondement relayée sur les réseaux sociaux, comme ce fut le cas à de très nombreuses reprises durant la crise des gilets jaunes. Selon le député LREM Jean-Michel Fauvergue, ex-patron du Raid et rapporteur de ce texte, “l’enjeu est de se déniaiser” dans cette “guerre des images”.

Pour les opposants au texte, cette mesure accompagnant les restrictions liées à la diffusion des images sur les réseaux sociaux ouvre la porte au monopole de la narration des faits par le pouvoir. “La police n’est donc plus uniquement chargée de protéger la population contre les infractions. Elle est aussi destinée à faire de la communication politique au même titre qu’un parti politique ou qu’un journal militant” , s’alarme l’association la Quadrature du Net.

Des craintes partagées par le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme de l’Onu.


La Défenseure des droits, Claire Hédon, considère en effet que cette proposition de loi soulève des risques considérables d’atteinte à plusieurs droits fondamentaux, notamment au droit à la vie privée et à la liberté d’information.

Dans son avis, la Défenseure des droits souligne également les points suivants comme étant susceptibles de porter atteinte à des droits fondamentaux :

  • La possibilité pour les policiers municipaux et les agents de la ville de Paris de consulter les images des caméras de vidéo protection – habilitation jusque-là strictement encadrée - porterait une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée. Ces images étant de nature à permettre l’identification des personnes, cette disposition serait contraire à nos engagements européens comme à nos obligations constitutionnelles.
  • L’exploitation en temps réel des images des caméras piétons des policiers, sans objectif explicite dans le texte, est susceptible de porter une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée.
  • Enfin, le recours aux drones comme outil de surveillance ne présente pas les garanties suffisantes pour préserver la vie privée. En effet, les drones permettent une surveillance très étendue et particulièrement intrusive, contribuant à la collecte massive et indistincte de données à caractère personnel.

Sur les bancs de l’Assemblée nationale, cette volonté de renforcer la version policière lorsque des faits sont rendus publics est également critiquée. En commission, la députée insoumise Danièle Obono a estimé que ces dispositions permettront aux forces de l’ordre de diffuser un “discours de propagande gouvernementale”.

D’autres s’inquiètent du respect de la vie privée que cette mesure pourrait entamer, à l’instar du député non-inscrit Hubert Julien-Laferrière (rattaché financièrement à La République en Marche). Dans un communiqué diffusé lundi 16 novembre, l’élu du Rhône souligne que l’article 21 contrevient ”à la délibération du 8 décembre 2016 de la CNIL, qui avait rappelé l’importance que les images des caméras mobiles ne puissent être exploitées qu’a posteriori et pour les besoins exclusifs d’une procédure judiciaire, administrative ou disciplinaire ou dans le cadre d’une action de formation”.

Autrement dit, que la vocation de ces caméras n’est pas de faire de la communication.

“Outils de riposte”

Or, faire de la communication, c’est bien l’orientation qui semble être prise au ministère de l’Intérieur. Ce qui ne dérange pas outre-mesure dans les rangs de la majorité...

[...]Outre les aspects controversés de la loi “Sécurité globale”, la tentation d’un contre-discours policier sur les réseaux sociaux est parfaitement assumée dans le Livre blanc sur la sécurité intérieure, rendu public ce lundi 16 novembre.

Proposant de “réorganiser la communication du ministère de l’Intérieur”, le document de 330 pages qui servira de cadre à la loi d’orientation et de programmation de la sécurité intérieure (LOPSI) en 2022, évoque le besoin de “renforcer le réseau territorial des communicants” pour mener à bien cette mission.

“La place aujourd’hui occupée par les réseaux sociaux suppose également une adaptation des services de communication des préfectures en y intégrant des communitymanagers. Les crises récentes, telle que celle des gilets jaunes ou encore liée à la COVID-19, ont obligé le réseau territorial à développer leur présence sur les réseaux sociaux”, détaille le Livre blanc, qui imagine “des outils de riposte” élaborés en prévision d’événements majeurs.

Et d’en lister quelques uns : "éléments de langage préparés en amont des crises, mise en place de bibliothèques de tweets afin de disposer d’éléments déjà préparés sur des thématiques récurrentes, fact checking en intervenant directement dans les conversations Twitter pour freiner au plus vite la propagation de fausses nouvelles”.

Soit le prolongement de la philosophie des dispositions prévues par la loi “Sécurité globale”.

Photo : Pensez-vous que les policiers ont besoin d’être floutés ???


Voir en ligne : https://www.huffingtonpost.fr/entry...

   

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