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COVID, complots, corruption et calembredaines...

mercredi 18 novembre 2020 par Denis Collin

Le film Hold Up a déclen­ché des furies dans la presse et sur les réseaux sociaux. « Complotistes » pré­su­més et « anti­com­plo­tis­tes » auto­pro­cla­més s’affron­tent. Mais tout ce vacarme contri­bue à embrouiller les esprits et à impuis­san­ter les citoyens. Sans trop déve­lop­per, je vou­drais ici faire part de quel­ques convic­tions que je crois à peu près bien fon­dées.

1. Il n’y a pas de com­plot de Big Pharma, Bill Gates et George Soros. D’ailleurs si un vaccin conve­na­ble­ment testé sort, je me ferai vac­ci­ner dere­chef sans crain­dre les nano­par­ti­cu­les ! Je ne crois non plus que le virus ait été inventé par les Chinois pour mettre l’Occident à genoux, ni qu’il ait été volon­tai­re­ment importé en Chine par les Américains, ni que… ici on peut pour­sui­vre la liste de tous les récits qui me font inva­ria­ble­ment penser aux feuille­tons du siècle der­nier (type « Bob Morane contre l’ombre jaune »).

2. En revan­che, que les clas­ses domi­nan­tes ou cer­tai­nes par­ties de clas­ses domi­nan­tes aient saisi l’aubaine pour faire avan­cer leurs agen­das, c’est à peu près évident. Le Great Reset [1] n’est pas une inven­tion des « com­plo­tis­tes », mais figure en toutes let­tres sur le site du forum de Davos.

La « classe capi­ta­liste trans­na­tio­nale » (cf. The Transnational Capitalist Class de Leslie Sklair, non tra­duit en fran­çais) n’est pas seu­le­ment une « classe en soi », elle est aussi une « classe pour soi » : les mul­ti­ples liens qu’ont tissés les diri­geants de l’économie et de la poli­ti­que font que tous ont ten­dance à réagir de la même façon, à se poser les mêmes ques­tions et à donner des répon­ses conver­gen­tes.

Il n’y a nulle sur­prise à voir les diri­geants ita­liens (prin­ci­pa­le­ment main­te­nant ceux issus du PD) réa­gis­sant comme de vul­gai­res macro­nis­tes. Mêmes for­ma­tions intel­lec­tuel­les, mêmes idéo­lo­gies et mêmes liens avec les mêmes types de grou­pes. Inutile donc d’ima­gi­ner des « com­plots ». Les lois de la nature poli­ti­que s’impo­sent à tous.

3. Mais tous ne réa­gis­sent pas de la même façon. Les Allemands ont mené face à la pan­dé­mie une poli­ti­que bien plus rai­son­na­ble que les Français, aidés, il est vrai, par un taux de lits de réa­ni­ma­tion bien supé­rieur à la France. Ils ont également été très modé­rés dans les res­tric­tions des liber­tés indi­vi­duel­les. Ce qui permet au maga­zine Die Zeit de bro­car­der la France sous le nom d’Absurdistan et dénon­cer les décrets et mesu­res liber­ti­ci­des du gou­ver­ne­ment fran­çais.

Y com­pris en France, les diri­geants ne sem­blent pas tous d’accord. On peut pré­su­mer des diver­gen­ces impor­tan­tes au sein du gou­ver­ne­ment — on sait que Bruno Le Maire était hos­tile à la fer­me­ture des com­mer­ces. On sait aussi que c’est le comité scien­ti­fi­que qui pousse au crime avec en porte-dra­peau le minis­tre Véran.

Macron lui-même semble moins convaincu que son gou­ver­ne­ment. Peut-être est-ce un remake du vieux truc du méchant flic et du gentil flic. Mais per­sonne n’en est cer­tain. Il est bien pos­si­ble qu’en réa­lité Macron ne soit pas le Jupiter ton­nant qui mène tout son petit monde à la baguette, mais qu’une partie de sa poli­ti­que lui soit impo­sée.

4. Il est clair qu’en France, mais aussi dans de nom­breux autres pays, l’épidémie a été le pré­texte pour ren­for­cer l’auto­ri­ta­risme du régime. D’ailleurs selon une méca­ni­que bien connue dans tous les régi­mes auto­ri­tai­res, quand une déci­sion liber­ti­cide est prise au sommet, chaque niveau infé­rieur fait du zèle et en rajoute. Les pré­fets sont sou­vent plus durs que le minis­tre et les flics de base se sen­tent auto­ri­sés à impro­vi­ser les vexa­tions les plus humi­lian­tes pour les citoyens.

La pan­dé­mie accé­lère des pro­ces­sus en cours depuis long­temps de gri­gno­tage pro­gres­sif des liber­tés publi­ques et indi­vi­duel­les. La fin du sep­ten­nat de Giscard avec la loi « sécu­rité liberté » de Peyrefitte enta­mait ce pro­ces­sus après une courte phrase de libé­ra­li­sa­tion.
Le pre­mier Mitterrand avait réta­bli nombre de liber­tés, mais ses suc­ces­seurs ont repris les mau­vai­ses manies de tous les chefs. Macron a pour­suivi Hollande en ins­ti­tu­tion­na­li­sant l’état d’urgence, Castaner a repris contre les Gilets Jaunes la nou­velle doc­trine de l’ordre public mise sur les rails par Cazeneuve.

À chaque fois, un tour de cli­quet sup­plé­men­taire vient réduire la lon­gueur de la chaîne à laquelle nous sommes atta­chés. Il faut remar­quer qu’aujourd’hui comme hier la magis­tra­ture apporte un sou­tien pres­que enthou­siaste à cette mise en coupe réglée des liber­tés. Le virus leur donne de nou­vel­les oppor­tu­ni­tés de se mettre à plat ventre, mais il n’y a rien de vrai­ment nou­veau.

5. Il y a évidemment une cor­rup­tion endé­mi­que qui atteint de plus en plus pro­fon­dé­ment l’appa­reil d’État. De nom­breu­ses affai­res, dont l’affaire Alstom dans laquelle est impli­qué Macron, ont déjà mis ces phé­no­mè­nes en lumière. Nous avons aussi main­te­nant une vue plus claire du rôle néfaste que joue l’imbri­ca­tion des gros labo­ra­toi­res phar­ma­ceu­ti­ques et les som­mets de l’appa­reil médi­cal.

Les mul­ti­ples conflits d’inté­rêts auraient dû écarter des comi­tés « Théodule » et des pla­teaux de télé­vi­sion. Mais n’en a rien été. La pan­dé­mie aura aussi été l’occa­sion de san­glants règle­ments de compte entre « blou­ses blan­ches ». Là encore, pas vrai­ment de com­plot, mais l’ingré­dient majeur des polars, le fric !

6. Une partie de la classe capi­ta­liste trouve son compte à la situa­tion actuelle. Les indus­tries de l’infor­ma­ti­que et le com­merce en ligne sont les grands béné­fi­ciai­res de tout cela. Jeff Bezos n’a pas inventé le virus, il ne l’a pas répandu, mais les dol­lars cou­lent à flots dans sa poche. Le « great reset » est en cours : liqui­da­tion du petit com­merce et du capi­ta­lisme de grand-papa (les gran­des sur­fa­ces y com­pri­ses) au prix du com­merce entiè­re­ment « digi­ta­lisé ».

Les cours en « dis­tan­ciel » ont pu être testés en gran­deur nature, sachant que les pro­jets étaient dans les car­tons depuis un moment. Et là encore, l’occa­sion a fait le larron ! À la pro­chaine étape, on pourra tailler en pièces l’ensei­gne­ment public supé­rieur dont une bonne partie est consi­dé­rée comme com­plè­te­ment inu­tile par les diri­geants du monde capi­ta­liste et le modèle amé­ri­cain pourra s’impo­ser défi­ni­ti­ve­ment.

La réces­sion engen­drée par les mesu­res sani­tai­res jus­ti­fiées par l’épidémie permet de tester une grosse crise « à froid ». Cela paraît para­doxal, mais si la crise est un moyen clas­si­que de régu­la­tion de la sur­pro­duc­tion de capi­tal et de lutte contre la baisse ten­dan­cielle du taux moyen de prix, une crise est tou­jours un phé­no­mène dan­ge­reux. Une réces­sion vio­lente, mais maî­tri­sée est un idéal à attein­dre.

7. La pan­dé­mie permet également de liqui­der ce qui était déjà vir­tuel­le­ment mort, à savoir la phase néo­li­bé­rale inau­gu­rée à la fin des années 70. En tâton­nant, un nou­veau modèle de régu­la­tion capi­ta­liste, plus étatique, plus auto­ri­taire et sans doute plus pro­tec­tion­niste se met en place.
Un key­né­sia­nisme anti­so­cial est en train de s’impo­ser qui per­met­trait d’accom­plir sans trop de casse pour les capi­ta­lis­tes la grande trans­for­ma­tion du sala­riat néces­si­tée par la relance de l’accu­mu­la­tion du capi­tal.
Cela dût-il coûter « un pognon de dingue »…

8. On oublie trop sou­vent le fac­teur humain. Dans la ges­tion fran­çaise de la crise, la bêtise l’a dis­puté à l’incom­pé­tence et la morgue au men­songe éhonté, abou­tis­sant à un ensem­ble de déci­sions inco­hé­ren­tes. On croit que tous ces gens agis­sent ration­nel­le­ment pour nous oppri­mer et nous exploi­ter. On se trompe, car ce n’est vrai qu’en partie.

L’affai­blis­se­ment du niveau sco­laire — ceux qui connais­sent la prose de Macron « com­pren­drons » (sic) — et le recru­te­ment de plus en plus fré­quent de diri­geants issus des écoles de com­merce plutôt que des grands corps d’État d’antan ont des effets délé­tè­res à long terme qui com­men­cent à se faire sentir sérieu­se­ment (j’avais abordé ce pro­blème dans un arti­cle pré­cé­dent consa­cré au pour­ris­se­ment des élites).

Le 15 novem­bre 2020


Voir en ligne : https://www.la-sociale.online/spip....


[1En français "la grande réinitialisation".

   

Messages

  • 1. COVID, complots, corruption et calembredaines...
    18 novembre, 12:48 - par RICHARD PALAO


    D’accord avec ce texte , il n’y existe complot que pour les complotistes , nous sommes face à un chaos sanitaire qui a engendré un chaos économique crée et utilisé par le capitalisme pour restructurer l économie mondiale à son seul profit en éliminant les plus faibles y compris en laissant mourir les non-productifs et ceux qui coûtient chers à leurs yeux comme les plus âgés et les malades .

    A ce propos il me semble utile de lire ou relire le remarquable livre de NAomi KLEIN : la stratégie du choc ou elle démontre que le capitalisme utilise les catastrophes naturelles ou celles dont il est responsable comme les guerres ou les coups d’état ( le CHILI ) pour mettre en place des systèmes autoritaires lui permettant de s’ approprier les richesses des pays en étant de choc

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