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Mali : Macabre Comptabilité…

mardi 5 janvier 2021 par Guillaume Berlat

« La guerre, c’est la guerre des hommes ; la paix, c’est la guerre des idées » (Victor Hugo)

Hommage à trois héros de l’impossible

« De toute façon, les merdes volent en escadrilles ». Cette remarque fleurie de Jacques Chirac trouve, aujourd’hui, son point d’application dans le Sahel. Triste fin d’année pour l’opération « Barkhane ». Les semaines se suivent et se ressemblent Le 28 décembre 2020, entre Noël et jour de l’an, trois militaires du 1er régiment de chasseurs ont trouvé la mort lors d’une mission d’escorte entre Hombori et Gossi au Mali (région particulièrement dangereuse des trois frontières [1]), une zone où sévit le RVIM, filiale d’al-Qaida.

Leur véhicule blindé léger (VBL) a été atteint par un engin explosif improvisé (IED). Ces bombes posées le long des routes, déclenchées au passage des véhicules par leur poids ou à distance, sont responsables d’une grande partie des pertes de la force « Barkhane », déployée au Sahel depuis 2014 pour contenir les groupes djihadistes.

C’est sur cette base que le chef d’état-major des armées, François Lecointre avait salué le 10 décembre 2020 « l’amélioration de la situation sécuritaire dans la zone » pour préparer les esprits au remplacement éventuel des forces françaises par des forces locales.
Pas de chance !

Les faits sont têtus. La semaine dernière, le soir du réveillon de Noël, deux militaires avaient été blessés sur la base de Gao, après une altercation entre des soldats alcoolisés. L’un a été rapatrié en France, tout comme le responsable des tirs. Dans un communiqué, Emmanuel Macron a fait part de « sa très grande émotion » et « exprime toute son entière confiance aux militaires français déployés au Sahel, salue leur courage, et rappelle la détermination de la France à poursuivre la lutte contre le terrorisme ».
Alléluia !

Malheureusement, les mauvaises nouvelles s’accumulent, même si le visage de « Barkhane » a changé depuis un an. L’on nous répète que l’opération s’apprête à opérer un nouveau virage après celui de l’année dernière [2]. Qu’en est-il en cette fin d’année 2020, période propice aux bilans du passé et aux perspectives pour l’avenir ?

Honte à Jupiter et sa mauvaise troupe

Adaptation après adaptation, le dispositif « Barkhane » atteint ses propres limites, pour ne pas dire qu’il n’est pas/plus adapté au type de guerre que nous impose l’adversaire sur son propre terrain. Ce dernier est comme un poisson dans l’eau alors que nos troupes – si vaillantes soient-elles – apparaissent de plus en plus comme une force d’occupation étrangère qu’il appartient de chasser en utilisant tous les procédés de la guerre asymétrique [3], de la dissuasion du faible au fort.

Année après année, la guerre, que nous menons au Sahel (pour qui ? pour quoi ?) [4], que d’aucuns qualifient « d’Afghanistan de proximité », est ingagnable en dépit de quelques succès militaires qui ne changent rien à la donne générale. Afghanistan et Irak constituent les deux derniers cimetières occidentaux dont nous ne voulons/pouvons tirer les leçons qui s’imposent à tout être humain doté d’un minimum de bon sens.

La question n’est plus de savoir si nous devons retirer nos 5100 militaires et leurs matériels (tous soumis à rude épreuve en raison des conditions climatiques éprouvantes). Elle est désormais de savoir quand et comment pour éviter une déroute humiliante dont nos militaires ne peuvent être tenus pour responsables. Combien faudra-t-il de morts inutiles de nos jeunes concitoyens pour que le maître des horloges en finisse avec sa politique du en même temps (avec sa variante du quoi qu’il en coûte [5]) et prenne les décisions douloureuses qui s’imposent.

Une chose est certaine, nous ne pouvons pas être les gendarmes de l’Afrique contre les menées des terroristes avec lesquels le gouvernement malien issu du coup d’état de l’été dernier dialogue avec l’appui de l’ONU et de l’UA [6]. Ce qui constitue un sujet de friction avec Paris [7].

Nous sommes parvenus au bout des contradictions diplomatiques du président de la République et de sa cohorte, pour ne pas dire de sa cloporte que sont la ministre des Armées, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, sans parler du duo de choc et de bric et de broc de la cellule diplomatique de l’Élysée, l’éruptif Emmanuel Bonne et l’insupportable Alice Rufo.

Ce sont tous ces irresponsables qui devront, un jour prochain répondre de leurs abominables forfaits devant les juridictions compétentes. Ce jour-là, ils nous expliqueront, avec la plus grande mauvaise foi dont ils sont coutumiers, qu’ils ne savaient pas (Cf. les auditions conduites par l’Assemblée nationale et le Sénat sur la gestion de la première phase de la pandémie dans notre pays).

Comment les Français peuvent-ils accorder leur confiance à de tels irresponsables ?
La réponse est dans la question qui revient de façon lancinante dans toutes nos analyses au cours des dernières années. Manifestement, nous prêchons dans le désert. Il est vrai que les Cassandre n’ont pas bonne presse dans notre pays qui leur préfère les cireurs de pompes et autres courtisans qui pullulent sous les ors des palais de la République.

Ce n’est pas la visite à nos soldats basés au Tchad qu’a effectué le Premier ministre, Jean Castex accompagné de la ministre des Armées, Florence Parly pour les fêtes de fin d’année qui changera la donne de quelque manière que ce soit. Car au-delà de notre présence militaire dans le Sahel à travers l’opération « Barkhane », c’est toute la cohérence de la politique africaine de la France qui est posée [8].

Une diplomatie française fondée sur des préoccupations sécuritaires et économiques, silencieuse lorsqu’il s’agit de défendre les droits humains [9]. Et cela alors que dans les pays francophones de l’ouest du continent africain, plusieurs organisations de défense de droits humains constatent un recul croissant des libertés publiques, dû notamment à une dérive sécuritaire et des motifs politiques [10].

En un mot, c’est tout le logiciel de notre diplomatie qui est à revoir en choisissant entre avantages et inconvénients respectifs de la Realpolitik et de l’IdealPolitik en prenant uniquement en compte les intérêts bien compris de la France et non ceux d’une introuvable « communauté internationale » détentrice de la défense d’un hypothétique « intérêt général » que nul ne sait définir objectivement.

Hantise de "l’étrange défaite"

Le temps n’est plus aux lamentations, aux atermoiements. Le temps est au sursaut, aux décisions courageuses que la dégradation de la situation au Sahel, et particulièrement au Mali, nous impose sauf à être aveugles aux signaux forts qui nous assourdissent depuis plusieurs années déjà [11].
Trop, c’est trop de morts pour rien (47 depuis le début de l’opération) [12]. L’addition commence à être salée. Quand nos dirigeants estimeront-ils que la défaite est consommée et qu’il est urgent de partir, n’ayant pas été intronisés par l’Onu, gendarme de l’Afrique.

Nous ne cessons de le répéter depuis des mois, depuis des années tant les évidences sont là sauf manifestement pour nos brillants énarques à qui manque le bon sens populaire.

Mais, nous sommes rassurés d’apprendre par l’énorme directeur de l’ENA, Patrick Gérard que, désormais : « ce qu’il s’agit d’évaluer, ce ne sont plus tant les connaissances que les compétences acquises à l’ENA » [13].
Encore faut-il s’entendre sur la signification du terme « compétences ». Vaste programme comme aurait dit le général de Gaulle.

Quand en finira-t-on avec cette macabre comptabilité qui devient de plus en plus insupportable ?


Voir en ligne : https://prochetmoyen-orient.ch/mali...


[1Sanctuaire djihadiste où se déroule la majeure partie des activités opérationnelles de la force « Barkhane ».

Ces dernières ont gagné en intensité, recevant l’appui de 600 hommes après le sommet de Pau, en janvier, au cours duquel Emmanuel Macron a désigné l’État islamique au Grand Sahel (EIGS), très actif dans la région, comme ennemi principal.

[2Nicolas Barotte, Après la mort de trois soldats au Mali, « Barkhane » à l’aube d’un nouveau virage, www.lefigaro.fr , 29 décembre 2020.

[3Guillaume Berlat, Guerre classique versus guerre idéologique, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 novembre 2020.

[5Olivier Faye/Claire Gatinois, « Quoi qu’il en coûte » : une doctrine de crise au sommet de l’État, Le Monde, 30 décembre 2020, pp. 6-7.

[6Guillaume Berlat, L’étrange affaire Mariam Pétronin, www.prochetmoyen-orient.ch , 19 octobre 2020.

[7Matteo Maillard, Trois soldats français tués en opération au Mali. Les militaires ont sauté sur un engin explosif près des frontières avec le Niger et le Burkina Faso, Le Monde, 30 décembre 2020, p. 4.

[8Au Tchad, Castex à la rencontre des soldats français sur des bases stratégiques, AFP, 1er janvier 2021.

[9Rémy Carayol/Fanny Pigeaud, « Les droits humains, çà ne l’intéresse pas » : la position controversée de la France en Afrique de l’Ouest, www.mediapart.fr , 31 décembre 2020.

[10Rémy Carayol/Fanny Pigeaud, En Afrique de l’Ouest, les libertés publiques de plus en plus menacées, www.mediapart.fr , 31 décembre 2020.

[11Guillaume Berlat, Sahel : retour de la raison en France ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 28 décembre 2020.

[12Guillaume Berlat, Mali : 45 morts français de trop !, www.prochetmoyen-orient.ch , 17 septembre 2020.

[13Benoît Floc’h, L’ENA bouleverse son redouté classement de sortie. Le gouvernement promet toujours une « réforme d’ensemble » de l’École nationale d’administration pour 2021, Le Monde, 30 décembre 2020, p. 11.

   

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