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Birmanie : Quand le journal l’Humanité dérape...

vendredi 12 février 2021 par Francis Arzalier (ANC) / Jean Pierre Page

Un coup de gueule de Francis Arzalier (ANC) suivi du commentaire de notre camarade Jean-Pierre Page.

Je lis l’Humanité depuis 60 ans, qui fut le journal de Jaurès, et Gabriel Péri, assassinés tous deux pour leur lutte résolue contre l’Impérialisme, et leur attachement à ce que l’on nommait alors la " solidarité anti-impérialiste ".

Il est devenu "mon journal" quand ce quotidien était régulièrement saisi pour avoir dénoncé la guerre coloniale faite aux Algériens par la France officielle, celle du Socialiste Guy Mollet et celle de De Gaulle.

Raison de plus pour m’indigner de certains articles aujourd’hui.

Comme celui intitulé le 10 février " Spider man défie l’armée et l’ordre social".

L’auteur y parle de la Birmanie, mais au-delà, à mots couverts de toute l’Asie et du monde. Il le fait en reprenant tous les poncifs qui traînent de télé en journal quotidien dans les médias français, du Figaro, Le Monde à la IIIème chaîne.

L’univers selon leur Vulgate libérale est simple, d’un côté les gentils pays comme la France de Macron, "démocraties" puisqu’on y vote épisodiquement et qu’on y est libre "d’entreprendre" si l’on dispose du Capital nécessaire, et d’être exploité si on ne le possède pas.
De l’autre, les méchants, dictateurs, terroristes, populistes, qui, de Moscou à Pékin, de Caracas à La Havane, de Téhéran aux sables sahariens, n’ont en commun qu’une seule chose : Ils ne sont pas enthousiasmés par cette "démocratie " occidentale et ses vertus.

Peu leur importe que dans ce conglomérat disparate, les uns soient des assassins fascistes et les autres attelés à faire vivre mieux leur peuple autrefois asservi. Ce genre de détails importe peu à nos "experts " de la constellation Macron, du Monde à TF1. Pour tous ceux-là, depuis des années, incapables de parler de Chine, du Venezuela ou de Russie autrement qu’en diatribes haineuses, aux limites souvent du racisme.

Il existait en Birmanie une femme de rêve, longtemps opposante aux méchants militaires, adulée par les "démocraties" occidentales au point de mériter un Prix Nobel, et devenue maîtresse en titre du pouvoir par élection. Patatras ! A la grande douleur de nos communicants parisiens, les méchants généraux birmans, furieux de cet intermède "parlementaire", qui réduisait fort leurs émoluments officiels ou secrets, l’ont fourrée en prison et ont repris les rênes du pays.

On peut donc ne pas s’étonner de voir nos paladins de la "démocratie" occidentale, pourfendre les méchants putschistes (qu’ils approuvent au Venezuela !) et exiger la libération de la Présidente déchue, redevenue dans leurs discours un succédané de la Vierge Marie des cathédrales. Même si cette version des protagonistes birmans est simpliste, et parfois infantile. Elle est conforme à leur vision libérale de notre monde.

Il est plus étonnant, et, pour tout dire, scandaleux, de la voir décalquée dans un article de l’Humanité, journal prétendument anti-impérialiste, même s’il ne s’affirme plus le porte-voix du PCF. Rien ne manque dans la seule ouverture du texte, qui réduit l’événement à l’opposition simpliste entre gentils tenants de la "démocratie" et méchants partisans du Putsch, derrière lesquels se profile l’ombre inquiétante de la Chine.
Avec pour rendre le brouet plus acceptable, le verbiage branché des réseaux sociaux, saupoudré de la culture étatsunienne qu’ils admirent.

Qu’on en juge par ce premier paragraphe :

" En Birmanie, spider man défie l’armée et l’ordre social.
Après le coup d’état, la génération Z, descendue massivement dans les rues, invente ses propres codes venus de la pop-culture. Elle s’insère également dans l’alliance qui, de Hong Kong à Bangkok, souhaite bousculer l’influence de la Chine..."

Tout le reste de l’article explique la parenté structurelle et idéologique des mouvements inspirés de l’Occident, et dont le point commun que ne dit pas l’auteur est l’anticommunisme. C’est la seule ressemblance entre les Nationalistes de Taïwan (Formose), les "démocrates" nostalgiques du statut colonial à Hong Kong, et les organisateurs des manifestations de Rangoon, du parti de Ang Su Kuy.

Peu importe à l’auteur, semble-t’il, tant il est imprégné de la vulgate unique libérale, que le "Coup" des militaires ait eu lieu après (à cause de ?) le rapprochement commercial avec Pékin sous l’égide de l’ex Présidente...

Ainsi va l’opportunisme droitier qui a conduit le mouvement français contre l’Impérialisme et pour la paix à la déliquescence, et le PCF à sa perte d’influence. L’Humanité a bien du mal à survivre dans la jungle imprimée au service du Capital et de l’Impérialisme.
Ce n’est certes pas en rejoignant la meute qu’elle y parviendra.

Dérives. Jusqu’à quand et jusqu’où, camarades ?


Le commentaire de Jean-Pierre Page.

Cher Francis,

L’article de l’Humanité est en effet lamentable, c’est le cas fréquemment et sur quelque sujet que ce soit ! Je suis évidemment d’accord pour clarifier les choses avec l’objectif d’informer les communistes (au sens large). L’auteur de l’article de l’Humanité cède comme dorénavant à l’air du temps et à ce que dicte l’idéologie dominante, les médias, les réseaux sociaux, les ONG.
Il ne prendra d’autant moins en compte une opinion communiste que ce n’est pas la ligne politique du journal.

En ce sens l’Humanité fait beaucoup plus que déraper, il s’agit d’un état permanent qui se conjugue souvent avec un analphabétisme politique et une ignorance crasse de la réalité.

Définitivement, l’Humanité n’est pas ou n’est plus un journal antiimpérialiste, c’est même très exactement le contraire. Par conséquent se poser la question de "jusqu’à où et jusqu’à quand" me semble superflu.

Ainsi il s’indigne de ne pas voir prise en compte la victoire très massive du parti au pouvoir au Myanmar mais ne dit pas un mot pour contester le fait qu’au Venezuela l’ensemble des médias ont dénoncé voici quelques semaines la victoire électorale tout aussi massive de Maduro.
Dans ce cas ils ont parlé de fraude. C’est donc bien deux poids, deux mesures.

La Chine fait preuve de prudence, oui, mais pas par esprit de boutique et d’intérêts (même si cela est important) mais parce que sa position de principe comme d’ailleurs celle de la Russie et de la très large majorité des pays du 1/3 monde comme des non-alignés c’est de considérer la non-ingérence, comme un des principes sur lequel repose le droit international et le multilatéralisme dans le respect de la souveraineté de chaque état.

Comme on l’a vu depuis plusieurs années l’Humanité tout comme le PCF s’accommode très bien de ce droit d’ingérence (le R2P) que revendique les pays occidentaux vassaux des USA. Ce qui se passe à Genève au conseil des droits de l’homme de l’ONU est de ce point de vue significatif. Pour la Chine et la Russie c’est au peuple du Myanmar de régler ses problèmes par lui-même.

Sur la situation au Myanmar, la situation semble extrêmement confuse, il y a des discussions et des négociations pour trouver une forme de compromis. Ce qui est certain c’est que les USA n’ont pas tardé pour mettre de l’huile sur le feu et encouragé les dérapages, les manifestations.

À travers les ONG et l’Ambassade tous les relais sont sur place pour aboutir à une révolution de couleur avec ou sans Aung San Suu Kyi.
Bien sûr les américains et les occidentaux n’ont que faire des intérêts du peuple du Myanma, ce qui les concerne c’est le sabotage, la mise en cause des nouvelles routes de la soie et par conséquent d’affaiblir politiquement les projets stratégiques de la Chine.

Fraternellement.
JPPage

Photo : Des soldats devant l’hôtel de ville de Rangoun pendant des manifestations, le 8 février 2021. Crédits : REUTERS/Stringer. Le courrier International.

   

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