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La Commune de Paris a-t-elle encore des choses à nous dire ?

mercredi 24 mars 2021 par Francis Arzalier (ANC)

Il y a déjà 150 ans que vécut quelques semaines la Commune de Paris, du 18 mars 1871 aux dernières fusillades du 28 mai : 71 jours seulement, et une fin tragique, des milliers d’ouvriers, d’artisans et intellectuels parisiens exécutés sans jugement, déportés et couverts d’injures par tous les "grands écrivains" français, même ceux considérés "Républicains ", Flaubert, Zola, etc…

Il est même étonnant que cet événement fugace de l’Histoire de France soit encore aujourd’hui commémoré, voire fêté dans notre pays et parfois dans le monde entier. Ce qui ne va pas sans quelques ambiguïtés, car la Commune de Paris est souvent si mal connue qu’elle a parfois engendré de curieux héritiers.
On a ainsi pu voir des intellectuels de Droite Extrême se réclamer de son anti-parlementarisme, comme si elle s’y résumait. D’autres sont moins nocifs, mais ont aussi tout faux, qui se gaussent de nous, glorifiant encore un non-événement, qui n’a rien apporté, disent-ils, à l’histoire de France, deux mois de fureur et de sang, transformés selon eux en mythe fondateur des utopies contemporaines.

Eh bien, n’en déplaise à ces manipulateurs libéraux de tout poil, si courte et si défaite qu’elle ait été, la Commune il y a 150 ans fut un événement majeur de l’histoire mondiale, et il suffit de l’étudier un peu pour percevoir à quel point elle a prédit notre avenir, celui que nous voulons construire à la place du Capitalisme actuel.

Une occurence historique exceptionnelle

Le paradoxe est que ce pouvoir ouvrier à Paris a été rendu possible par les avatars de l’Histoire : l’empereur Napoléon III s’était cru un grand stratège politique en déclenchant une guerre imbécile à la Prusse, dans l’espoir d’étouffer une opposition républicaine remuante, en lui offrant comme dérivatif une victoire militaire. Le maladroit n’est en fait parvenu qu’à se faire étriller par des Allemands en quête d’unité, et à faire proclamer à Paris une République provisoire en septembre 1870.

Une République de bourgeois, d’avocats timorés, confortés par les députés conservateurs élus peu après, qui n’auront qu’une seule envie : faire la paix avec les occupants prussiens, au plus vite et quel qu’en soit le prix : 5 milliards de rançon plus l’Alsace-Lorraine à donner au vainqueur teuton ! Paris, qui avait durant les décennies d’Empire, s’était peuplé de nombreuses entreprises industrielles, avait connu la faim durant plusieurs mois de siège. Une épreuve qu’une bonne partie des bourgeois et des aristocrates des beaux quartiers ont évité en quittant la capitale pour leurs résidences provinciales, ne serait-ce que dans l’Ile de France encore rurale, dans les "châteaux" de la Vallée de Montmorency ou les Hôtels particuliers de Versailles.

De ce fait, en mars 1871, la population de Paris est majoritairement ouvrière, dans les quartiers nord et est, de Belleville à Montmartre, et cette majorité de travailleurs est organisée en Garde Nationale armée. Elle est ulcérée du défaitisme des bourgeois du Gouvernement Provisoire, après les souffrances des mois précédents. C’est d’abord parce qu’elle refuse son désarmement ordonné par les "capitulards" réfugiés à Versailles, que la Garde Nationale proclame l’insurrection et la Commune le 18 mars.
D’abord donc par patriotisme humilié, mais aussi par réflexe de classe.

Le premier État prolétarien

Lénine ne s’y trompa pas, quand il déclara en 1917 que la Commune était le modèle de sa République des Soviets, cet État ouvrier dont il rêvait pour la Russie et le monde. La Commune fut effectivement le premier État ouvrier, et non plus de la Bourgeoisie possédante, qui tenta de mettre en place les réformes drastiques espérées par les travailleurs aux revenus modestes, souvent réduits à la misère par la guerre, en les imposant aux possesseurs du Capital, qui ne le lui pardonnera pas : moratoire et blocage des loyers, contrôle de certains salaires et de la durée du travail, appropriation collective des entreprises mises au chômage par la fuite de leurs patrons, effacement pour les plus pauvres de leurs dettes au Mont de Piété...

Des mesures qui en annonçaient d’autres, plus vastes (laïcité de l’État, école gratuite et obligatoire, etc…), que l’armée versaillaise ne laissera pas le temps à la Commune d’accomplir.

Plus qu’un État ouvrier d’ailleurs, la Commune se voulait celui du Prolétariat, cet ensemble plus large constitué de tous ceux qui ne possèdent que leur force de travail, manuelle ou intellectuelle, pour « gagner leur vie ». De nombreux militants communards étaient, certes, salariés d’usines et ateliers, mais aussi journalistes, comme Valles, ou institutrice comme Louise Michel, ou artistes comme Courbet.

Et cet aspect nous rend la Révolution de 1871 plus proche, dans une France de 2021 mutilée de ses industries, ou un futur État Socialiste ne pourra être que celui de tout le prolétariat.
Et les Citoyens français de 2021 seraient bien avisés de retenir une autre leçon de 1871 : une bourgeoisie dirigeante, aussi "libérale" et "démocrate" qu’elle se prétende, est toujours prête à un virage autoritaire, dès qu’elle a le sentiment de ne plus contrôler l’opposition.

Une démocratie véritable

Dans la vision fantasmée que répandent depuis 150 ans des Communards nos "élites" libérales, ils sont des brutes souvent avinées, qui ont pris et conservé à Paris le pouvoir par les armes, au mépris des électeurs.
Rien n’est plus faux !
Car les insurgés du 18 mars, en réplique au coup de force tenté par les autorités capitulardes, ont immédiatement décidé de l’élection des autorités de la Commune parisienne, maires, et fonctionnaires de chaque quartier, au suffrage universel. La Commune reposera sur cette conquête politique démocratique jusqu’à la fin, comme d’ailleurs la Garde Nationale, les "Fédérés" qui élisent leurs officiers.

Mieux, elle proclame par affiches dès le départ un programme politique entièrement nouveau, une République Française de Citoyens égaux devant la loi, dans leurs 36000 communes gérées par des élus au suffrage universel. Un suffrage universel réduit au masculin, certes, le temps n’est pas encore venu du féminisme politique. Mais les temps de la Commune seront bien au XIXeme siècle un des rares épisodes où les femmes seront très actives, dans les Assemblées populaires, et sur les barricades.
Et surtout, les gestionnaires élus de la Commune seront contrôlés par les Citoyens, et révocables par eux, seul moyen d’empêcher cette dérive monarchique et bureaucratique qui gangrène tout système parlementaire ou présidentiel, toute délégation de pouvoir politique.

Ce n’est donc pas d’absence de Démocratie que la Commune est morte, mais parce qu’elle a voulu inventer une démocratie véritable qui lui était insupportable, que la bourgeoisie dirigeante française l’a écrasée dans le sang.

Patriotisme et internationaliste à la fois

Comme 70 ans plus tard leurs émules FTP, les Communards furent Patriotes, pour l’indépendance de la Nation Française livrée par veulerie aux occupants. Cela ne les empêcha pas de pratiquer la fraternité révolutionnaire, au-delà des différences d’origine et de culture.
L’un des chefs militaires choisis par les Fédérés fut le Polonais Dombrovski, et le Délégué au Travail (on ne disait pas Ministre !) fut l’ouvrier bijoutier Frankel, d’origine hongroise et juive. Le premier tomba sur une barricade lors de la répression, et le second, blessé, réussit à s’enfuir en exil. Deux Révolutionnaires au service de la Commune Française.

Un enseignement évident pour les Communistes du XXIeme siècle, qui doivent à la fois combattre
Union Européenne et Mondialisation, les visages supranationaux du Capitalisme, et s’opposer de leur mieux à l’Impérialisme et au Nationalisme français, en France, en Afrique et ailleurs…

Diversité révolutionnaire

Les historiens n’ont pas manqué de le noter, les acteurs et dirigeants de la Commune furent très divers sur les plans idéologique et politique. L’Association Internationale, parrainée par Marx, était influente parmi eux, mais elle incluait aussi des Anarchistes. Ainsi Louise Michel, qui restera leur adepte jusqu’à sa mort après son exil. D’autres dirigeants Communards se voulaient surtout les continuateurs de 1793, comme Délescluse. Un seul parmi eux, Frankel, peut être considéré comme marxiste. Encore ne connut-il Marx qu’en exil...

Ce qui ne leur interdit pas de prendre la plupart de leurs mesures d’avenir à l’unanimité, avant l’effondrement final.

Les historiens soviétiques, fort attachés à la Commune, insistaient autrefois beaucoup sur l’idée que sa diversité fut une dès faiblesse du mouvement, qui facilita sa perte. Certes !
Mais ne pourrait-on aujourd’hui, ou le mouvement Révolutionnaire est à reconstruire a l’issue d’un siècle d’échecs et de dérives diverses, inverser le regard porté sur l’héritage de la Commune ?

Après l’effondrement du modèle autoritaire et bureaucratique souvent qualifié de Stalinien, et sa dilution dans l’opportunisme et l’électoralisme, ne faut-il pas envisager la renaissance d’un mouvement révolutionnaire, communiste, à partir de sa diversité actuelle ?

Ne faut-il pas le reconstruire à partir des leçons de la Commune de 1871, trop souvent oubliées, autant que des expériences successives de l’URSS, de Cuba, de la Chine, Et des autres peuples ?

24 mars 2021

   

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