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Gestion politique de la Covid-19 et exercice du pouvoir par les passions tristes (Troisième partie).

jeudi 2 septembre 2021 par Pierre Roche

Modes de contrôle social et régime politique.

Nous nous proposons d’interroger la gestion politique de l’épidémie de la Covid-19 en France, plus précisément la façon dont elle a produit un nouveau complexe affectif assujettissant, des passions tristes qui ont pour effet de fixer les hommes et les femmes dans l’impuissance.

L’appareil politico-médical

L’État peut compter aussi sur l’appui d’un appareil médical.
Dès le mois de mars 2020, une pression énorme est exercée par ce dernier sur les médecins généralistes. Le 23 mars, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) déclare qu’il n’existe pas de données permettant d’envisager l’utilisation hors protocole de l’hydroxychloroquine en prophylaxie du Covid-19.

  • Le même jour, le Conseil scientifique leur demande d’éviter la venue des patients dans leur cabinet.
  • Le 25 mars, le Ministère de la santé leur interdit, par décret, de prescrire des dérivés de la quinine, réservés désormais aux seuls établissements hospitaliers.
  • Le 26 mars, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) interdit aux pharmaciens de délivrer ces médicaments en dehors de certaines pathologies, empêchant ainsi leur prescription pour la Covid-19.
  • Le 27 mars, le conseil scientifique du Collège national des généralistes enseignants (CNGE) déclare qu’une telle prescription pour la prise en charge de la Covid-19 serait contraire à l’éthique médicale.
  • Enfin, le même jour, le Conseil national de l’Ordre des médecins demande aux praticiens d’attendre la confirmation ou l’infirmation de l’utilité de la prescription.

Nous sommes alors confronté à une situation sanitaire tout à fait singulière et inédite puisqu’il est prescrit aux médecins généralistes de ne pas prescrire et de renvoyer les malades chez eux, dans l’attente d’une guérison spontanée ou d’une aggravation de leur état de santé les conduisant immédiatement à l’hôpital, souvent directement en réanimation.

Cette prescription rime avec abandon, revient à enfermer certains malades, seuls, chez eux, dans le plus grande des solitudes et face à l’angoisse de la mort et d’autres avec leurs proches, favorisant ainsi la formation de foyers intrafamiliaux. La mise en place d’une telle situation sanitaire contribua à saturer les services de réanimation et favorisa la diffusion de la peur dans l’ensemble de la population.

Cette assignation à ne pas traiter puise sa force moins dans la peur d’être infecté, sauf peut-être au début de la crise sanitaire en raison d’un déficit de moyens de protection, que dans celle d’être sanctionné par l’ordre des médecins.
Si la grande majorité se conforme aux injonctions qui leur sont faites, certains refusent d’appliquer le protocole des autorités sanitaires, rebaptisé par eux protocole des 3 D (Doliprane, Dodo et Décès). Ils sont portés par leur désir de soigner avec la pharmacopée dont ils disposent, hors Autorisation de mise sur
le marché (AMM), en prenant appui sur leur expérience et en échangeant avec leurs confrères [1] autour de ce qui est susceptible de produire des effets thérapeutiques, utilisant parfois les médias pour porter leur avancée à la connaissance du plus grand nombre.

Ils sont accusés d’être des médecins-testeurs qui utilisent des protocoles illégaux, voire criminels [2] ; de donner de faux espoirs. [3] Pourtant peut-on exprimer autrement sa fidélité au serment d’Hippocrate, à cet événement majeur survenu il y a à peu près 2400 ans ?

Ceux-là refusent tout simplement d’abandonner les personnes malades de la Covid-19 exactement comme Lucien Bonnafé (1992) et quelques autres avaient refusé de laisser celles qui souffraient de troubles mentaux mourir de malnutrition et de faim dans les asiles psychiatriques durant la période de l’Occupation, décidant à cette fin d’organiser des réseaux d’approvisionnement. (LAFONT, 1987 ; DURAND, 1988). L’éthique dont il est question ici rejoint celle des vérités concrètes que nous propose Alain BADIOU (1993), dont la maxime se dit : « Continue ! » ou, plus précisément : « N’oublie jamais ce que tu as rencontré ! »

Le rôle de l’obéissance de l’obligé

Il est une façon de tenir l’autre en son pouvoir qui ne requiert ni l’exercice de la violence physique, de la pure contrainte, ni l’engendrement en lui d’un affect de crainte, de peur, voire de consternation, elle consiste à faire de lui un obligé en se l’attachant par des bienfaits. « On peut aussi (…) se l’être attaché par des bienfaits, au point qu’il préfère exécuter les consignes de son maître que les siennes propres, et vivre au gré de son maître qu’au sien propre. » (SPINOZA, TP, CH.1, § 10, p. 927.) Cet autre sait ou sent, parfois confusément, qu’il ne pourra continuer à obtenir ces bienfaits matériels ou symboliques et la joie qu’ils procurent qu’à condition d’obéir, de transférer une part importante de sa puissance au dominant.

Il nous faut bien sûr ici évoquer les liens et les conflits d’intérêts qui traversent l’appareil politico-médical, le fait que la plupart des médecins de plateau ne les déclarent pas alors qu’ils sont tenus de le faire selon des dispositions du code de la Santé Publique.
Dans le système actuel, l’industrie pharmaceutique finance des protocoles de recherche, des essais cliniques, des sites d’information, des journaux, des bulletins, des colloques, des associations, des fondations, des établissements et les avantages financiers ou en nature aux médecins prennent des formes diverses (cadeaux, voyages, frais de transports et d’hébergement, rémunération d’expertise…).

De tels liens d’intérêts peuvent être à tout moment source de conflits d’intérêt, en mettant en cause leur indépendance, en impactant fortement leur jugement. Parfois, en toute lucidité, parce que la passion de l’argent ou la soif de reconnaissance institutionnelle l’emporte sur le désir investi dans la recherche scientifique et la pratique soignante.
Parfois, de façon plus insidieuse, parce que le sentiment de redevabilité que le médecin éprouve vis-à-vis de son bienfaiteur oriente, plus ou moins à son insu, son jugement et sa pratique.

Les événements liés à la gestion de l’épidémie de la Covid-19 révèlent aussi que l’idée selon laquelle les médias constitueraient un contre-pouvoir, voire le quatrième pouvoir (après les pouvoirs exécutif, parlementaire et judiciaire) ne relève que d’une idéologie professionnelle.
Les journalistes, dans leur très grande majorité, n’ont en effet, à aucun moment, animé le débat public autour de ce thème, créé les conditions de l’exercice de la liberté d’opinion et d’expression, permis la tenue d’un narratif autre que celui imposé par l’exécutif.
Ils ont, eux aussi, transféré, aliéné la plus grande partie de leur puissance aux propriétaires de ces médias, en fait à quelques grands groupes privés et à l’État afin de continuer, grâce à cette obéissance, à bénéficier de leurs bienfaits. [4]

Enfin, certains d’entre eux n’ont nullement besoin d’avoir conscience des contraintes éditoriales qui pèsent sur eux car ils sont suffisamment prisonniers de leur idéologie professionnelle pour répéter le narratif dominant. La spécificité de leur contribution à l’exercice de ce pouvoir réside surtout dans leur capacité à orienter l’attention de leurs auditeurs ou lecteurs sur certains faits, en rejetant dans l’ombre d’autres faits, à départager ce qui serait légitime de penser et ce qui ne le serait pas, en consacrant ceux qui s’inscrivent dans la doxa et en stigmatisant ceux qui la mettent en question et, surtout peut-être, à diffuser les passions tristes.

Le rôle de l’imitation affective

Il est une contagion qui peut parfois s’avérer plus destructrice, voire mortifère que celle propre à la Covid-19, celle-là même qui accompagne le dynamisme des affects. Chacun peut être affecté par ce qui affecte autrui en raison de l’amour ou de la haine qui lui porte ; éprouver, par exemple, compassion ou envie.
Si certains affects peuvent être qualifiés d’objectaux, d’autres naissent dans l’intersubjectivité, au cœur des rapports sociaux. En dotant l’affect d’une dimension proprement psycho-sociale et d’une portée politique, Spinoza développe ce qu’Aristote avait pu suggérer dans sa Rhétorique. [5] La partie 3 de l’Éthique (des propositions XXI à XXXV précisément) lui est consacrée. Il nous livre un texte dans lequel il défend finalement l’idée selon laquelle la prise en compte de la subjectivité - celle propre à la dynamique des affects induite notamment par le travail de l’imaginaire - est nécessaire à la compréhension du social, à ce qui fait ou défait société. [6]

Et on doit sans doute ici réserver un sort particulier aux affects que l’homme éprouve sous la seule condition de partager avec autrui le fait d’être humain, de reconnaître en lui un semblable car une telle proposition, en posant la loi de l’imitation affective, ouvre une voie radicalement nouvelle : « Si nous imaginons qu’une chose semblable à nous et à l’égard de laquelle nous n’éprouvons d’affection d’aucune sorte éprouve quelque affection, nous éprouvons par cela même une affection semblable. » (SPINOZA, E, T1, 3, pro. XXVII, p.293). [7]

C’est ce mécanisme de l’imitation affective qui joue le rôle d’amplificateur de la tristesse des uns et des autres : « (…) si au contraire il fait quelque chose qu’il imagine qui affecte les autres de Tristesse, il se considérera lui-même avec Tristesse. » (SPINOZA, E, T1, 3, pro. XXX, p.301.)

L’homme est pris ici dans un processus d’identification qui le pousse à prendre sur lui ce qu’il projette sur l’autre. Il règle sa conduite à partir de ce qu’il imagine de manière confuse du point de vue d’autrui, afin de lui plaire quel qu’en soit le prix, de le satisfaire, d’obtenir son approbation, sa considération ou, pour le moins, d’échapper à son mépris : « Nous nous efforcerons aussi à faire tout ce que nous imaginons que les hommes verront avec joie, et nous aurons en aversion de faire ce que nous imaginons que les hommes ont en aversion (SPINOZA, E, T1, 3, pro. XXIX, p.299). [8]

Une telle manière d’être, lorsqu’elle est systématisée, produit de l’uniformisation et relève de ce que Pierre MACHEREY (1995) nomme un conformisme obsessionnel. [9] Elle participe alors à l’interdiction de tout débat sérieux, serein, argumenté et renvoie toute parole singulière ne répétant pas les propos de la doxa dominante, ne s’inscrivant pas dans son narratif à la seule dissidence, en ostracisant de surcroît son porteur, en le qualifiant notamment de controversé, sulfureux, sinon de complotiste.

Que des personnes aussi mondialement reconnues pour leur art médical et leurs travaux de recherche que les Professeurs Didier Raoult et Christian Perronne puissent faire l’objet d’un tel traitement, témoigne de la force de cette dynamique affective.

Dans la situation qui nous intéresse ici, c’est bien sûr le fait d’imiter des affects tristes et passifs comme la peur, la culpabilité, la honte, ceux dont la production est encouragée par le pouvoir qui renforce plus encore la servitude.

L’imitation des affects n’est assujettissante que dans la mesure où ces derniers s’inscrivent dans un cadre passionnel, sont tristes et passifs. C’est le cas lorsque la crainte se propage de l’un à l’autre, plus vite sans doute que le virus, se transforme en peur dont le contenu tend à devenir terreur panique chez certains hommes, les poussant violemment à fuir en posant des actes désespérés plutôt qu’à agir.
Et s’il est un autre affect qui doit son expression à la considération et au regard d’autrui, c’est bien sûr celui de la honte dont Vincent de GAULEJAC (1996) a fortement mis en exergue l’atteinte à l’être qu’il constitue.

Mais ce n’est pas tout.
Désir d’imiter et désir d’être imité s’inscrivent dans un seul et même cycle. Beaucoup imaginent en effet qu’autrui se doit de faire ce qu’ils font et donc d’imiter leurs propres affects. Ils vont alors avoir en aversion ceux qui ne ressentent pas ce qu’ils ressentent, éprouver de la haine vis-à-vis d’eux et, au-delà, tout faire pour qu’ils acceptent de se conformer, de gré ou de force, à ce qui désormais fait Loi pour eux.

Dans la dernière séquence que nous vivons, encouragés, voire excités par l’exécutif lui-même et les agents de l’appareil médico-médiatico-politique, nombreux sont ceux qui déversent cette haine de plus en plus ouvertement, notamment sur ceux qui refusent d’être vacciné ; par exemple, en les affublant du qualificatif de traites ou encore de dangers publics qu’il faudrait transformer en parias de la société.

Modes de contrôle social et régime politique

Dans la deuxième partie de son ouvrage majeur De la horde à l’État, consacrée aux relations entre le lien social, la domination et le pouvoir, Eugène Enriquez aborde la question de l’emprise de l’État (pp.327-361). Il présente tout d’abord 6 types de régime politique (les états de démocratie libérale, ceux de démocratie programmée, les états despotiques, militaristes, dictatoriaux et, enfin, totalitaires).
Il distingue ensuite 7 modes de contrôle de l’activité de leurs membres, dont « l’utilisation disjonctive ou cumulative sera une garantie pour l’appareil du maintien de son emprise. » (p.350)

  • Le contrôle social peut être direct et physique, exercé par la violence ou organisationnel, mis en place par la machine bureaucratique.
  • Il peut porter sur les résultats au travers de la compétition économique.
  • Il peut privilégier la dimension idéologique par la manifestation de l’adhésion ou encore jouer sur l’amour du chef au travers de la fascination et de la séduction.
  • Il peut fonctionner par saturation au travers de la diffusion d’un seul texte répété indéfiniment.
  • Il peut jouer sur la dissuasion par la mise en place d’un système de fichage, qui déroute tout désir de contestation.
  • Il précise enfin que « les différents types d’État que nous avons relevés peuvent combiner (et combinent toujours) divers modes de contrôle et peuvent toujours en s’infléchissant et en évoluant, adopter des modes de contrôle qui ne semblent pas appartenir, au départ, à leur essence. » (p.360)

Un recours privilégié à la saturation

Quels est le mode de contrôle social privilégié par l’État actuel pour maintenir et renforcer son emprise à la faveur de sa gestion de l’épidémie de la Covid-19 ?

Le Pouvoir ne pouvait pas jouer sur la fascination et la séduction d’un chef qui inspire plutôt la haine que l’amour. Sans doute a-t-il tenté de jouer sur le registre du contrôle idéologique par la manifestation de l’adhésion. Mais il n’a pas su stimulé l’enthousiasme, peut-être parce qu’il n’a pas su rendre crédible la survenue d’un monde d’après meilleur. Tout au plus peut-il promettre un retour au monde d’avant en faisant porter l’espoir sur la seule vaccination.
Il n’a guère joué non plus sur l’esprit de compétition sinon autour de la couverture vaccinale.

En fait, c’est le mode de contrôle social par saturation propre au totalitarisme au travers de la diffusion d’un seul texte répété indéfiniment qui a été, dès le début, privilégié, mobilisé d’une façon prévalente.

Le gouvernement monopolise l’expression du discours en mettant en place, dans le cadre d’un état d’urgence, un conseil de défense étayant ses décisions sur les avis d’un conseil scientifique dont les échanges ne sont pas rendu publics. On peut ramasser ce discours, indéfiniment répété dans l’ensemble des médias, en quelques propositions simples : « La situation sanitaire est dramatique »  ; « Il n’y a pas de traitements précoces » ; « Il n’y a pas d’autres réponses que les mesures sociales pour freiner l’épidémie
 »
 ; « Il n’y a pas d’autre issue que la vaccination ».

Le recours associé à l’organisationnel…

Le mode de contrôle organisationnel par la machine bureaucratique propre au despotisme (mais que l’on retrouve aussi dans la démocratie programmée, le militarisme et le totalitarisme) a joué pleinement son rôle.

Son but est de « vérifier la conformité du comportement avec les directives élaborées par le groupe des techniciens considérés comme dépositaires du savoir. » (ENRIQUEZ, p.353) Les experts du conseil scientifique et, plus généralement, les médecins des plateaux ont fait fonction de techniciens dépositaires de ce savoir.

L’événement de la Covid-19 a permis un renforcement inouï du contrôle par la machine bureaucratique du travail des médecins généralistes en portant gravement atteinte à leur liberté de prescription. Les rouages de cette machine (Direction générale de la santé (DGS), Haute autorité de santé (HAS), Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), Agence régionale de santé (ARS), AP-HP, Assistance publique des hôpitaux de Marseille (AP- HM), Ordre des médecins...) ont broyé nombre d’initiatives, notamment en matière de soins précoces.

… et plus encore à la dissuasion

Autre mode de contrôle fortement mobilisé, celui qui repose sur la dissuasion (que l’on retrouve dans la démocratie libérale mais aussi le militarisme), notamment au travers de la mise en place d’un appareil de répression.

Durant toute la première période caractérisée notamment par les confinements et couvre-feux, il appartenait aux policiers et aux gendarmes de sanctionner, essentiellement par des amendes, les comportements déviants comme le fait de ne pas respecter l’obligation du port du masque, de sortir sans disposer sur soi d’une attestation dérogatoire, d’ouvrir un commerce dit non essentiel [10], de participer à un rassemblement de plus de 10 personnes, d’organiser un apéro ou une soirée festive chez soi ou dans un établissement dont on est le gérant, de ne pas respecter l’isolement (pour les malades, les personnes ayant eu un test PCR positif ou considérées comme cas contacts). [11]

L’introduction du passe « sanitaire » [12] ouvre une deuxième période dans la gestion politique de la COVID.
Cette mesure renforce et généralise la surveillance et le contrôle par la dissuasion. Pour tout un chacun, c’est la possibilité même de se déplacer et de participer à la vie quotidienne qui est désormais conditionné par le statut sérologique. (Test antigénique négatif, certificat d’immunité ou de vaccination).

Le fait de l’accepter nous entraîne dans un processus d’assujettissement dont on ne connait pas le terminus.

Ainsi, limité, lors de sa mise en place, aux grands rassemblements (festivals, salons…) de plus de 1000 personnes et à certains déplacements en avion hors de la France métropolitaine, ce passe a été rapidement étendu aux lieux de loisirs et de culture (parcs d’attractions, festivals, concerts...) rassemblant plus de 50 personnes puis aux terrasses des cafés, aux restaurants, aux centres commerciaux (de plus de 20.000 m²), hôpitaux, EHPAD et à tous les transports de grande distance (autocars, TGV, Intercités...).

Ce Passe n’est pas sanitaire car les terrasses des cafés ou les restaurants de ville ne sont pas des lieux plus dangereux que les restaurants d’entreprise ou les relais routiers, car les TGV ne sont pas des modes de transport plus dangereux que les lignes de RER ou de métro.

Enfin, en se gardant de soustraire les hôpitaux de la liste des lieux concernés par le passe, le Conseil constitutionnel a fait preuve d’esprit partisan et de passion plutôt que de sagesse. Parce qu’il barre l’accès aux soins, bafoue le droit à la santé, notamment en retardant le diagnostic de nombreuses maladies et notamment des cancers, ce passe n’est pas seulement non-sanitaire mais anti-sanitaire.

En se gardant de soustraire les EHPAD de celle- ci, il a tout simplement fait preuve d’une absence totale d’humanité. Avait-on en effet le droit de priver à nouveau de nombreux résidents de leur famille, de leurs proches, du soutien affectif qu’ils leur apportent, de tout ce qui peut encore étayer leur désir, protéger leur santé, les stimuler ?
Avait-on le droit de les enfermer une fois de plus dans la solitude, de leur ôter le plaisir de transmette et, au-delà, toute raison de vivre ?

Le fait d’accepter ce passe nous engrène dans des rapports sociaux assujettissants ; pire, mutuellement assujettissants. Ainsi, les personnes qui ne présenteraient pas leur passe sont passibles de 135 € à 3750 € d’amende et de 6 mois de prison (en cas de troisième récidive dans les 30 jours). Celles qui disposeraient d’un passe frauduleux risquent jusqu’à 45.000 € d’amende et 3 ans de prison. Il revient aux professionnels de tous ces établissements de procéder au contrôle des passes. Ceux qui se soustrairaient à cette nouvelle obligation sont passibles d’une mise en demeure, d’une fermeture administrative provisoire et jusqu’à 9 000 € d’amende et un an d’emprisonnement au-delà de 3 récidives en 45 jours.

Dans les transports, le manquement au contrôle est passible de 1 000 € d’amende, puis jusqu’à 9 000 € d’amende et un an d’emprisonnement au-delà de 3 récidives sous 30 jours. Il revient aux policiers et aux gendarmes de contrôler ces professionnels transformés en contrôleurs….

En fait, dans ce nouveau dispositif de micro-pouvoirs, tout est mis en place pour que chacun affecte négativement l’autre, soit conduit à participer à la construction d’une société dans laquelle le plus grand nombre s’enfonce dans le ressentiment, chacun vouant une haine féroce vis-à-vis d’autrui.

L’obligation vaccinale pour les soignants et plus largement pour tous les professionnels en contact avec des personnes fragiles n’entraîne pas seulement une restriction de leur liberté, leur mise en danger en raison du caractère expérimental du vaccin mais constitue aussi une grave atteinte à leur dignité, notamment au travers de la transgression du principe de l’inviolabilité de leurs corps.

Évitons ici tout malentendu.
Nous serions projeté dans une éthique de la décision [13] si la maladie était beaucoup plus létale, comparable à la peste bubonique ou à Ebola et si les vaccins étaient efficaces et sûrs ou, en tout cas, apportaient, dans tous les cas, plus de bénéfices que de risques.

Or, ce n’est pas le cas.
Seule la prudence, celle dont Spinoza se réclamait, [14] doit guider nos pas car les dangers qui accompagnent certaines politiques de vaccination ne sont pas imaginaires. Cette prudence prend appui sur la mémoire du passé.

Rappelons seulement ici l’interruption, il y a une dizaine d’années seulement, de la campagne de vaccination contre le H1N1 en raison de ses graves effets indésirables (morts intra-utérines, fausses couches, syndromes de Guillain-barré, cataplexies, narcolepsies).
Mais elle prend appui aussi sur la connaissance du présent.
On peut notamment évoquer toutes les politiques qui ont visé à empêcher la mise en place des protocoles de soins précoces, l’utilisation de la technologie génique expérimentale ARN messager et l’incertitude scientifique qui l’accompagne, l’inachèvement des essais de phase 3, les nombreuses condamnations des laboratoires pour des publicités mensongères, la clause de non-responsabilité de ces derniers, l’impossibilité pour les députés européens d’avoir accès aux contrats qu’ils ont passés avec les États, du moins à des contrats dont des parties importantes n’auraient pas été biffées, la très forte sous-estimation des effets indésirables en raison du choix d’une pharmacovigilance passive.

Le mode de contrôle par la dissuasion s’exerce ici avec une violence inouïe, notamment au travers le fait de priver ceux qui refuseraient l’injection d’un produit expérimental de leur emploi, de toute source de revenu (suspension du contrat de travail sans rémunération puis sans doute, à terme, licenciement pour motif personnel sans ouverture des droits aux indemnités de chômage).

Dans ce nouveau dispositif de micro-pouvoirs, il revient aux employeurs de mettre en application cette mesure tout en étant eux-mêmes contrôlés par des policiers qui, eux, ne seront pas sous le coup de l’obligation vaccinale. [15]

Enfin, le gouvernement a aussi mis à profit l’état d’urgence pour renforcer considérablement ce mode de contrôle par la dissuasion, notamment avec la promulgation de lois (« sécurité globale préservant les libertés », « contre le séparatisme »…) [16] et la publication de décrets qui permettent, au travers de l’extension de trois fichiers de sécurité publique [17], un fichage massif des citoyens. [18]

Désormais, les fichiers de renseignement concernent aussi les personnes morales ou les groupements ; toutes les personnes donc
« entretenant ou ayant entretenu des relations directes et non fortuites » avec ces derniers. Ils portent sur les habitudes de vie, les activités en ligne, les opinions politiques, les convictions philosophiques, religieuses, les appartenances syndicales et pour les personnes considérées comme dangereuses, les données de santé.

Ils concernent les « victimes » de ces personnes et les mineurs se trouvant dans leur entourage ou dans une manifestation qui aurait dégénéré. Ils peuvent formaliser les relations nouées par les individus sous forme de sociogrammes (leader d’un groupe, membres du groupe, antagonistes…).
Que ces fichiers relèvent désormais non seulement de la sécurité publique mais aussi de la sûreté de l’État n’est pas anodin. C’est précisément au nom de la sûreté de l’État que le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative en France, a rejeté les requêtes des syndicats qui soulignaient leur dangerosité.

Un pouvoir de plus en plus autoritaire

Peut-on, à partir des modes de contrôle qui ont été mobilisés durant cette séquence, caractériser la nature de la transformation en cours du pouvoir, le sens (signification et orientation) de celle-ci ?
Si la saturation, comme nous le défendons ici, est celui qui a été privilégié, nous nous trouvons face à un pouvoir de plus en plus autoritaire, incorporant dans son mode de fonctionnement l’élément clé du régime totalitaire (op.cit. p.345-350).
Le mode de contrôle organisationnel (prévalent dans le despotisme) et la dissuasion (que l’on retrouve dans la démocratie libérale mais aussi le militarisme) seraient, toujours selon notre analyse, les principaux modes de contrôle associés alors que la performance, propre à la démocratie libérale, ne serait guère présente.

Avec les confinements et les couvre-feux, nous n’étions encore que dans l’antichambre d’une société de contrôle généralisée. Il s’agissait de normaliser les comportements, de dresser les corps, d’inculquer la soumission (avec le port de masque même lorsque cela ne se justifiait pas sur le versant sanitaire), voire l’auto-asservissement (avec la production par les personnes elles-mêmes de dérogations pour sortir), d’imposer le conformisme obsessionnel, de faire taire toute parole dissidente et, ce faisant, de créer les conditions de son acceptabilité. Avec l’extension du passe « sanitaire » et la vaccination obligatoire pour nombre de professionnels, la bascule dans ce type de société est cette fois actée.

Exercé très largement grâce à un travail sur les affects, le pouvoir, comme le montraient déjà les analyses de Michel Foucault dans les années soixante-dix [19], porte aussi de plus en plus sur la vie biologique des individus et celle du corps social, consiste à les gérer afin de les contrôler sous couvert de protection de la santé.

Le pouvoir est un biopouvoir qui insère les phénomènes propres à la vie de l’espèce humaine dans le champ des technologies politiques. Il nous faut ici être très vigilant car ce pouvoir de faire vivre ne signifie pas le recul du pouvoir de tuer : « (…) Jamais les régimes n’avaient jusque-là pratiqué sur leur propres populations de pareils holocaustes. (…) Les guerres ne se font plus au nom du souverain qu’il faut défendre. Elles se font au nom de l’existence de tous (…) les massacres sont devenus vitaux. C’est comme gestionnaire de la vie et de la survie, des corps et de la race que tant de régimes ont pu mener tant de guerres, en faisant tuer tant d’hommes. » (Foucault, [1976]- 1978, pp. 179-180).

L’exercice actuel du pouvoir, en portant gravement atteinte aux libertés individuelles et publiques ainsi qu’aux droits fondamentaux, en battant en brèche des principes que beaucoup associaient jusqu’alors à la démocratie libérale transforme radicalement la nature du régime en France, lui octroie un caractère de plus en plus autoritaire, totalitaire.

Comment alors définir de façon rigoureuse la société dans laquelle nous sommes en train de basculer ?

Il est sans doute encore trop tôt pour s’atteler à cette tâche. Notre objectif, dans cet article, n’était autre que de fournir un cadre conceptuel et des éléments de réflexion afin de nourrir une réponse à cette question.

À suivre : Acceptation du statut d’esclaves ou réappropriation de la puissance d’agir ?


[1Création de l’association Laissons les médecins prescrire.

[2Plusieurs médecins alertent contre un protocole anti-Covid-19 « criminel » inventé par un collectif médical. William Audureau, Le Monde, les décodeurs, le 05 février 2021.

[3« Il serait inadmissible dans ce contexte de susciter de faux espoirs de guérison. » (Extrait d’un communiqué du Conseil de l’Ordre des médecins du 23 avril 2020.)

[4Faut-il ici insister longuement sur la mainmise d’une poignée de grands groupes industriels sur la quasi- totalité du champ médiatique, eux-mêmes sous la coupe de méga-acteurs de la finance (fonds de pension, fonds d’investissement, sociétés d’assurance…) qui ne cessent de leur demander d’accroître leur performance en réduisant les coûts afin de rembourser leurs dettes et de rémunérer toujours plus les actionnaires. (FABRE & BEYER, 2019).

[5« Dans l’Ethique, on trouve la joie, le désir ou le regret qui sont des états d’âme de la personne considérée isolément, pour ainsi dire, en tout cas prise dans sa temporalité individuelle. Dans la Rhétorique, au contraire, les passions représentent des réponses à autrui (…). Les passions reflètent au fond les représentations que nous nous faisons des autres étant donné ce qu’ils sont par rapport à nous, en réalité ou dans notre imaginaire. » (MEYER, 1989, p.157).

[6La question de l’imitation est aussi au cœur de l’œuvre de Gabriel TARDE ([1890]1993). Les Lois de l’imitation, Paris, Kimé). Une œuvre de précurseur non pas parce qu’elle partirait des individus et de leurs interactions mutuelles pour comprendre le social (selon la position défendue par l’individualisme méthodologique) mais parce qu’elle nous invite à prendre en compte la subjectivité au sein même des rapports sociaux afin d’atteindre une forme supérieure d’objectivité (selon la position défendue par la sociologie clinique).

[7Spinoza se centre en fait sur un objet spécifiquement humain : « Le Désir (…) porte non pas sur un objet réel, « positif », donné, mais sur un autre Désir (…) (MATHERON, 1969, p.151) ; « il est humain de désirer ce que désirent les autres, parce qu’ils le désirent. » (KOJEVE, [1947]-1962, p.13) ; « Il faut poser que, fait d’un animal en proie au langage, le désir de l’homme est le désir de l’Autre. » (LACAN, 1966, p. 628).

[8Spinoza dit aussi : « L’humanité ou la modestie est un désir de faire ce qui plaît aux hommes et de ne pas faire ce qui leur déplaît. » (SPINOZA, E, T.1, 3, définition XLIII, p.397).

[9L’autre n’est pas une personne singulière, celui-ci ou celle-là. Il renvoie plutôt à une présence lourde et indéterminée, aux gens.

[10Que la librairie soit ainsi classée commerce non-essentiel révèle le mépris, sinon la haine des pouvoirs vis-à- vis de tout ce qui est susceptible d’aiguiser la sensibilité, de faire appel à l’imagination, d’éveiller l’esprit critique.

[11Il ne s’agit pas de s’indigner comme toute forme d’interdiction mais de les interroger et de refuser celles dont la légitimité n’est pas établie en l’absence de fondement scientifique sérieux comme, par exemple, celles qui concernent le port du masque à l’extérieur ou pour les enfants ou encore les sorties qui permettent de booster l’immunité.

[12La loi gestion de la sortie de la crise sanitaire transpose en droit français le passeport vert de la Commission européenne et étend son champ d’application à la fréquentation de certains lieux accueillant du public.

[13Cette éthique renvoie au fait de prendre une décision au cœur d’une situation complexe et critique, en opérant des arbitrages difficiles face à des exigences a priori contradictoires, sans pour cela suivre des consignes et des règles qui permettraient d’être dans le bon positionnement, la bonne conduite. (BADIOU, 1993 ; ROCHE, 2007).

[14La devise qui figurait sur le sceau de correspondance de Spinoza était CAUTE (« méfie-toi, sois prudent »). Elle résumait bien la vigilance constante qu’il exerçait à l’égard des idées parce qu’il désirait, plus que tout, être présent à sa propre puissance d’agir et de penser (JAQUET, 2004).

[15Pourquoi les policiers sont-ils exemptés de cette obligation vaccinale alors qu’ils travaillent souvent côte à côte avec les sapeurs-pompiers ? Faut-il voir là un bienfait, au sens de Spinoza, afin de les transformer en obligés ; une façon de ne pas les heurter afin de s’assurer de leur fidélité dans leur fonction de répression ? Cette exemption met à nu le fait que l’enjeu n’est pas la protection sanitaire de la population mais la conservation du pouvoir. Coûte que coûte. Autrement, au prix d’une guerre non pas contre un ennemi invisible mais contre le peuple.

[16Pour l’analyse des dernières lois qui restreignent les libertés fondamentales, on peut se rendre sur le site de l’association La Quadrature du Net (LQDN) : https://www.laquadrature.net/

[17Prévention des atteintes à la sécurité publique (PASP) ; Gestion de l’information et Prévention des atteintes à la sécurité publique (GIPASP) et Enquêtes administratives liées à la sécurité publique (EASP).

[19Il propose les concepts de biopouvoir et de biopolitique lorsqu’il évoque l’épidémie de peste dans son livre Surveiller et punir (Foucault, (1975)-2006, pp. 228-233) ou encore dans le dernier chapitre « Droit de mort et pouvoir sur la vie » de La Volonté de savoir ([1976]-1978, pp.175-211). On peut aussi se reporter aux enseignements qu’il dispensa au Collège de France entre 74 à 79. (Foucault, 1997, 1999, 2004a, 2004b).

   

Messages

  • 1. Gestion politique de la Covid-19 et exercice du pouvoir par les passions tristes (Troisième partie).
    3 septembre, 16:24 - par RICHARD PALAO


    Voir mon commentaire sur la première partie publiée le 31 août.

    faire appel à des philosophes rationalistes pour étayer des thèses irrationnelles contre les vaccins ARNM, voilà une idée qu elle est bonne aurait pu dire le grand philosophe COLUCHE...
    Mais les faits sont têtus comme le disait LENINE, les vaccins ARNM n ont pas été fabriqués à toute vitesse puisque les premiers travaux sur l ARNM remonte aux années 1960 que des vaccins obligatoires ARN pour les enfants et certaines professions comme les soignants sont utilisés depuis 20 ans, de plus il est inexact de dire que l ARNM n a pas été expérimenté sur des humains puisque cela fait une dizaine d année que des traitements ARNM sont utilisés pour combattre certains cancer et d autres maladie grave.
    J ai moi même bénéficie d un traitement immunothérapique ARNM en 2011 pour éviter la prolifération de cellules cancéreuses, j en déduis que l on peut être expert en philosophie tout en ayant une attitude irrationnelle vis à vis de la science.

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