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L’Europe devra se passer de l’OTAN et avoir sa propre armée

mercredi 13 octobre 2021 par Sergio Cararo

Nous vous proposons des textes de nos camardes italiens de Rete dei Comunisti qui étaient présents à notre fête de l’ANC et avec qui nous avons une grande communauté d’intérêts et une grande convergence communiste des analyses concernant nos sociétés capitalistes et impérialistes.
Ils nous proposent ici deux textes écrits par Sergio Cararo (rédacteur en chef de Contropiano.org, leur journal en ligne) sur la question de l’autonomie stratégique de l’Union européenne et la relation avec l’OTAN.
Toutes questions que nous nous devons d’aborder et auxquelles ces deux texte nous permettront de réfléchir. (JP-ANC)

L’Europe devra se passer de l’OTAN et avoir sa propre armée

À l’issue du sommet sur l’UE et les Balkans en Slovénie, Mario Draghi est également revenu sur la nécessité pour l’Union européenne de se doter d’une plus grande capacité de manœuvre, tant stratégique que militaire, pour protéger ses intérêts dans un monde où les atouts géostratégiques évoluent rapidement et qui est bien entré dans une phase de compétition mondiale.

Selon Draghi, mais pas seulement, l’OTAN semble “de moins en moins intéressée par l’Europe et ses zones d’intérêt”. C’est pourquoi l’Union européenne doit accélérer sa défense et sa politique étrangère et de sécurité commune.

“Le retrait d’Afghanistan, en raison de la manière dont il a été décidé, communiqué et exécuté”, a déclaré M. Draghi, “le changement d’intentions concernant le contrat entre l’Australie et la France pour la fourniture de certains sous-marins nucléaires qui ont été écartés au profit de sous-marins de fabrication américaine, sont deux messages très clairs qui nous indiquent que l’OTAN semble moins intéressée d’un point de vue géopolitique par l’Europe et les zones d’intérêt de l’Europe et a déplacé ses zones d’intérêt vers d’autres parties du monde”.

Draghi, qui est désormais de plus en plus en phase avec Emmanuel Macron, a également voulu répondre aux déclarations du secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltemberg, selon lequel “toute tentative d’affaiblir le lien transatlantique en créant des structures alternatives n’affaiblira pas seulement l’OTAN, mais divisera l’Europe”.

“Je ne crois pas que tout ce qui sort de l’OTAN va l’affaiblir et affaiblir l’Europe”, a rétorqué M. Draghi.

“De nombreux pays, si ce n’est tous, ont le sentiment d’avoir perdu tout intérêt géopolitique au sein de l’OTAN. Il est nécessaire de faire quelque chose sur ce front et je ne pense pas que faire quelque chose en dehors de l’OTAN affaiblisse l’OTAN même, mais que cela complète les actions de l’OTAN. Peut-être qu’elle peut être utilisée dans d’autres parties de l’échiquier géopolitique dans lesquelles l’OTAN ne peut pas intervenir, peut-être qu’elle renforce l’OTAN, et renforce aussi l’Europe”.

Dans le cadre européen, l’adhésion à l’OTAN n’est pas en cause, mais la question que certains chefs d’État de l’UE ont clairement posée est de savoir “comment renforcer les alliances et les partenariats et, en même temps, développer leurs propres capacités”.

En bref, dans l’OTAN du XXIe siècle, soit il y aura des relations égales entre l’UE et les États-Unis, soit le pôle européen se dotera de son propre appareil politico-militaire, calibré sur ses propres intérêts stratégiques et non sur ceux des États-Unis.

Le monde change et l’UE a depuis longtemps décidé qu’elle devait afficher ses ambitions impérialistes, comme les autres.

*****

L’Union européenne cesse d’être “soft”

Avec le rapport “2021 Strategic Foresight Report”, l’Union européenne s’est résolument engagée sur la voie de ce qui est défini comme une “autonomie stratégique”.

Un projet plein d’ambition dont l’objectif est de construire un pôle capable de rivaliser avec les États-Unis et la Chine au XXIe siècle.

Mais il faut se rendre à l’évidence : les projections indiquent que dans trente ans, le PIB de l’UE ne représentera plus que 11,3 % de celui du monde (il sera de 18,3 % en 2019). En bref, pas assez pour prétendre d’être à la grandeur, mais pas du tout éloigné du PIB en déclin des États-Unis.

Les orientations de ce projet concernent les conséquences du changement climatique, la transition numérique, la réduction de la dépendance aux facteurs externes et la politique militaire.

Tous les États membres de l’UE sont donc soumis à une pression très forte et sans précédent pour adapter leurs structures de production, législatives et décisionnelles à cette ambition.

La première étape a consisté à mettre à disposition un certain nombre de fonds pour restructurer et adapter les différents systèmes nationaux (Recovery Fund, etc.).

La deuxième étape consistera à réformer les traités afin de surmonter l’hypothèque immobilisante de l’unanimité dans la prise de décision et de la remplacer par une coopération renforcée (les pays qui s’accordent sur une décision l’adoptent sans être soumis aux vétos de ceux qui s’y opposent). Ce tournant “décisionnaire” réduira encore la marge de manœuvre “souveraine” des pays individuels, qu’il y ait ou non un consensus populaire.

Dans le même temps, une série de “modernisations” du système et la centralisation de la production et de la technologie autour d’un nombre réduit de grands groupes industriels et financiers (les “champions européens”) capables de rivaliser avec les géants américains et chinois progresseront beaucoup plus rapidement.

D’ici 2025, l’UE vise à disposer de huit superordinateurs opérationnels pour l’utilisation des technologies quantiques, à développer les biotechnologies, à réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de l’étranger de 60 à 15% d’ici 2050, à intensifier l’alliance européenne pour les batteries, à renforcer les chaînes de valeur “à l’intérieur” de l’UE.

Enfin, et ce n’est pas le moins important, disposer de son propre appareil militaire complet et indépendant, qui peut être intégré dans l’OTAN mais qui n’est pas subordonné à celle-ci, ou du moins à la “vieille” OTAN dominée par les États-Unis que nous connaissions il y a quelques années encore.

Il serait superflu de souligner combien ce projet ambitieux aura des conséquences tant à l’intérieur des pays de l’UE qu’à l’extérieur.

La centralisation technologique, productive et financière autour de grands groupes “européens” ne peut que redessiner et subordonner la carte productive qui existait jusqu’à présent dans les différents pays. Alitalia en est la preuve, mais des “bijoux de famille” tels que Leonardo, Fincantieri, Eni et Enel se font également entendre.

Les fermetures, les restructurations, les licenciements et les concentrations au niveau européen seront à l’ordre du jour, même dans des secteurs qui étaient jusqu’à présent considérés comme sûrs parce que “compétitifs” ou “rentables”.

S’il est vrai que l’objectif de la Commission est de parvenir à ce que 80% de la consommation interne d’énergie provienne de sources à faible teneur en carbone (principalement des énergies renouvelables), réduisant ainsi l’utilisation des combustibles fossiles à moins de 10% du total, l’utilisation des énergies renouvelables nécessite également des matières premières autres que les matières traditionnelles (charbon, pétrole, gaz) et il faudra les sécuriser – avec de bonnes ou mauvaises manières – au nom, bien sûr, d’une transition écologique qui, si elle est laissée aux mains de la logique capitaliste, ne peut être opérée que sous l’angle de la “rémunération” et certainement pas de l’équilibre environnemental ou des intérêts collectifs.

Il faudra donc “aller chercher” les matières premières ou les produits semi-finis nécessaires, et persuader ceux qui les possèdent que faire des affaires avec l’UE est une proposition qui ne peut être refusée à la légère.

Pour les produits semi-finis (des semi-conducteurs aux puces) ou les produits médicaux, les chaînes de production peuvent être internalisées et/ou raccourcies (peut-être en confiant aux pays européens les plus faibles le rôle joué par la Corée ou la Chine), mais les matières premières doivent être “volées” là où elles existent dans la nature.

Et c’est là que le soft power européen changera de visage – pour prendre un aspect beaucoup plus sinistre et néocolonial – si, comme il est presque prévisible, la compétition pour les matières premières s’envenime sur les différents théâtres de crise.

C’est à cela que sert l’armée européenne “capable de projection internationale”, qui est le point central et décisif de l’autonomie stratégique.

écrits par Sergio Cararo (rédacteur en chef de Contropiano.org,


Voir en ligne : https://contropiano.org/news/politi...

   

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