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Russie-Ukraine : Quelle coexistence pacifique ?

mardi 22 mars 2022 par Bruno Drweski (ANC)

Cette table ronde réunissait des chercheurs et des journalistes de tous les continents. Elle a été organisée par Darwis Khudori qui dirige à l’université du Havre un centre d’étude sur la conférence de Bandung et le non alignement. Ce centre organise des conférences portant sur des questions liées à la relance des politiques de non alignement dans le monde contemporain. Notre camarade Bruno Dwreski y était l’un des intervenants, il nous livre ici un résumé de ces rencontres.

Lors de cette table ronde virtuelle sont intervenus des participants de Pologne, de Serbie, d’Autriche, de Grèce, de France, de Chine, d’Inde, d’Indonésie, de Guyana, du Brésil/Uruguay. Des chercheurs de Russie et du Nigeria sont ensuite intervenus publiquement à la fin des interventions.
La conférence en anglais devait durer deux heures mais elle a duré plus de trois heures avec un public atteignant plus d’une quarantaine de participants. Elle a été enregistrée et figurera sur le site < http://www.bandungspirit.org/ >

Les intervenants ont tous souligné l’importance d’analyser la guerre actuelle en Ukraine comme la suite d’un enchainement d’événements qui se sont succédés depuis l’extension de l’OTAN vers l’Est et l’organisation du coup de force de 2014 en Ukraine qui a violé l’accord qui venait d’être signé entre le président élu ukrainien, l’opposition issue des manifestations du Maïdan, plusieurs gouvernements de l’UE et la Russie.

Ce qui a entraîné la rébellion de la République autonome de Crimée et le révolte du Donbass. Dans ce contexte, la Russie a considéré que le non respect de ses accords puis ensuite de ceux de Minsk imposant la reconnaissance de l’autonomie pour le Donbass ainsi que la décision de Kiev de demander à rejoindre l’OTAN menaçaient sa sécurité, ce qui a entraîné au final en réaction la décision de Moscou d’engager une attaque contre l’Ukraine.

Tous les intervenants étaient d’accords avec le fait que l’on assiste à travers cette guerre à l’émergence d’un nouveau rapport de force international qui témoigne de la montée d’un monde multipolaire ouvrant des possibilités de renaissance du non alignement.

Gracjan Cimek (Académie de la marine de guerre de Gdynia, Pologne) considère que l’action russe est défensive même si elle continue à créer des tensions artificielles entre pays slaves qui ont tout pour coopérer et qui se sont retrouvés divisés en deux camps (Russie et Biélorussie contre Ukraine et Pologne), une situation qui ne profite à aucun d’eux mais permet de prolonger l’ingérence des États-Unis dans la région est-européenne et de bloquer les coopérations transeurasiatiques.

Dragana Mitrovic (Université de Belgrade, Serbie) a rappelé que la guerre d’Ukraine est la suite de plusieurs guerres, dont celle de Yougoslavie qui a eu lieu en Europe et qui a vu les premières entorses au droit international qui devait obliger au respect de l’intégrité territoriale des États existant. Ce qui explique pourquoi la société serbe n’a pas été choquée par l’action russe et qu’elle considère que la Russie récupère ses droits.

Hans Köhler (Organisation du progrès international, Vienne, Autriche) a souligné l’importance de revenir au droit international qui a été systématiquement violé au cours des trois dernières décennies, l’attaque russe contre l’Ukraine ne constituant que la dernière violation dans le cadre de cet enchainement. Selon lui, il faut privilégier les négociations et revenir aux accords de Minsk qui peuvent paraître dépassés dans la situation actuelle, à cause de cette guerre mais qui constituent néanmoins la seule possibilité de trouver un accord qui pourrait convenir à chacune des parties belligérantes, puisqu’il a été autrefois accepté.

Dimitri Konstantakopoulos (Defend Democracy Press, Athènes, Grèce), journaliste et ancien correspondant à Moscou a rappelé la nécessité de prendre en compte le fait que la sécurité ne peut être que collective et ne peut donc être acquise au dépens d’un État, ce qui impose de procéder à des négociations permettant à la Russie et à l’Ukraine d’avoir des garanties de sécurité sans avoir à se rattacher à un bloc militaire antagonique.

Bruno Drweski (INALCO, Paris, France) a rappelé les questions qui témoignent du fait que cette guerre montre l’affrontement de deux logiques dans un contexte de nouveaux rapports internationaux témoignant des contradictions montantes entre puissance hégémonique unipolaire et puissances contre-hégémoniques porteuses de multipolarité.
Il a constaté le caractère oligarchique et répressif de l’État ukrainien, ce qui permet d’évacuer le mobile d’une lutte pour la démocratie face à la Russie décrétée autocratique.
Il s’agit plutôt d’un affrontement entre un État russe devenu une oligarchie verticale sous contrôle du pouvoir d’État face à une Ukraine restée à l’étape post-soviétique des années 1990 avec une formation oligarchique horizontale où les nouveaux capitalistes dominent le pouvoir d’État, les rendant pour ces raisons de pouvoir opposés au modèle poutinien.
Cette situation a entraîné le renforcement de l’État russe et un début de renaissance, face à une économie ukrainienne en perdition, d’où une fuite en avant nationaliste qui a représenté un temps un échappatoire perçu par Moscou comme une menace inacceptable.

Yin Chinguang (Université de Fudan, Chine) a constaté que la guerre en Ukraine avait poursuivi le processus de dégénérescence du droit international qu’il allait falloir rétablir par le biais de négociations assurant la sécurité et l’équilibre régional. Celui-ci a été mis à mal par l’ingérence de l’impérialisme occidental qui s’est bâti depuis l’aube du colonialisme sur l’idée que chaque avancée d’un État ne peut se faire qu’au dépens des autres alors que cette étape n’est liée qu’à l’étape historique du capitalisme né en Occident.
Étape qui peut et doit être dépassée grâce à l’émergence d’un monde multipolaire imposant une coopération internationale mutuellement avantageuse. Des pays comme la Chine ou d’autres peuvent jouer un rôle d’intermédiaire.

Mahoranjan Mohanty (Conseil de développement social, Delhi, Inde) a émis l’opinion que l’intervention russe en Ukraine a contribué à faire reculer la cause des pays contre-hégémoniques et retardera sans doute l’émergence d’un monde plus juste. Comprenant les raisons qui ont poussé la Russie à réagir face aux menaces de l’OTAN exercées par Ukraine interposée, il a néanmoins souhaité un retour à la paix par le retrait des troupes russes.
L’Inde reste à son avis intégrée dans l’alliance pro-américaine du Quad mais elle ne peut se permettre de rompre avec la Russie, d’où sa position officiellement neutre dans la conflit, qui pourrait lui permettre de jouer un rôle d’intermédiaire dans ce conflit.

Devon Dublin (WWF Guyana) a comparé la situation de l’Ukraine à celle de la Guyana dans la mesure où les deux pays sont en butte à des revendications territoriales, russe sur des territoires ukrainiens et vénézuélienne sur des territoires guyanais. Il craint donc que le précédent de l’attaque russe contre l’Ukraine, s’il devait réussir, pourrait ouvrir la boite de pandore pour d’autres pays plus forts que leurs voisins et ayant le même type de revendications.

Dans la discussion qui a suivi, notons l’intervention du la chercheuse russe Elena Veduta, spécialiste en cybernétique, qui considère que ce conflit, en isolant la Russie de l’Occident et en limitant le pouvoir des oligarques russes liés aux puissances occidentales, contribue à pousser les autorités russes à revenir à une politique planifiée de développement économique endogène, qui devrait constituer la porte ouverte vers un retour au socialisme, ce que, à terme, le gouvernement russe ne pourra pas éviter.
Cette politique s’appuyant sur la cybernétique pourra éviter les travers qui ont caractérisé le socialisme soviétique.

   

Messages

  • 1. Russie-Ukraine : Quelle coexistence pacifique ?
    23 mars, 08:40 - par RICHARD PALAO


    Je pense que pour bien analyser la crise actuelle il faut remonter bien avant Maiden : la republique socialiste d Ukraine a rejoint L URSS en 1922 en approuvant la constitution votée par les soviets.
    Il est essentiel de rappeler que cette constitution dans son article 4 indiquait que les adhérents pouvaient sortir librement de l union.
    Aucun état adhérent n a demandé à sortir de l union.
    Lors de son discours annonçant l invasion de l Ukraine, Poutine a consacré de longues minutes pour proférer de violentes attaques contre les bolcheviques et Lenine coupables d avoir créé l URSS et vote’ cette constitution, les accusant d avoir créé artificiellement l Ukraine au lieu de l avoir intégre ainsi que les autres républiques dans une nation unique : la Russie...
    Les véritables objectifs de Poutine ne sont donc pas la denazification de l Ukraine et sa demilitarisation ni même de secourir les populations pro-russes du Donbass, son ambition est de récupérer un territoire qu il considère comme un territoire qui n aurait jamais dû être séparé de la Russie.
    Les pressions militaires et économiques exercées par l impérialisme US et ses alliés de l UE et de l OTAN sur le nouveau pouvoir ukrainien pour qu il rejoigne leur camp ont fait le reste en précipitant la décision de Poutine de mettre fin aux interminables et inutiles tractations avec eux en obtenant par la force ce qu il n a pas pu obtenir par le dialogue inter impérialisme.

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