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Azerbaïdjan/Arménie : Enclave et exclave*

mercredi 18 novembre 2020 par comaguer

La guerre du Haut Karabakh ou (Artsakh) n’aura duré que sept semaines. Comme toutes les guerres contemporaines elle aura fait plus de victimes civiles que militaires. Elle aura été à la fois très localisée sur une petite portion du territoire de l’Azerbaïdjan mais avec de forts échos internationaux puisqu’y était impliqués militairement l’Arménie et l’Azerbaïdjan appuyé militairement par la Turquie, qu’elle devait déclencher une intervention du groupe de Minsk créé en 1992 et comprenant les États-Unis, la Russie, la Turquie et la France précisément pour favoriser une solution diplomatique au conflit du Haut Karabakh toujours pendant depuis la disparition de l’URSS.

Beaucoup de documentation est disponible sur ce conflit consécutif à l’auto proclamation d’une république à population arménienne sur une petite partie du territoire internationalement reconnu de l’Azerbaïdjan. Il est important de rappeler que l’Union des républiques socialistes soviétique (URSS) était un projet politique ambitieux et novateur visant à rassembler des populations très diverses dans un projet commun de développement économique et social et à créer sur un immense territoire étendu sur dix fuseaux horaires une économie socialiste centralisée.

Cette unification postulait le dépassement de lignes de partage, de clivages historiques culturels et linguistiques profonds. Que ce projet unique n’ait pas été mené à son terme est évident mais il a laissé des traces et il est incontestable que cette expérience d’à peine plus de 60 années réalisée malgré les agressons extérieures (guerre « civile » avec 17 armées étrangères sur place, formidable attaque nazie, guerre froide) a été un travail de pionnier pour l’unification d’une société complexe par un progrès collectif.

Imaginons un instant les conquérants de l’ouest américain proposant aux Algonquins, Comanches et autres Cheyennes la création d’une république multinationale couvrant tout le territoire de l’Atlantique au Pacifique et assurant le progrès de tous !

Allaient donc se trouver rassemblés et voisins dans l’espace soviétique, la petite Arménie , premier état chrétien de l’histoire, avec une langue et une écriture propres utilisées dès le V° siècle, un Azerbaïdjan chiite propulsé dans la modernité par les trésors pétroliers de Bakou dont la première exploitation remonte à 1846, plus de dix ans avant les premiers forages aux États-Unis où l’on parle l’azéri une langue turque également langue officielle au Daghestan et aussi utilisée dans le nord-ouest de l’Iran.

Les frontières établies entre les différentes républiques socialistes soviétiques pouvaient bien ne pas correspondre exactement à l’implantation historique des différentes populations, l’Union était là pour assurer le fonctionnement collectif.

Mais ni le passé ni la géographie ne pouvaient être gommés et de très vieilles déterminations restaient présentes. Historiquement cette région du Sud Caucase se situe dans la zone de frottement/friction entre deux espaces impériaux : à l’Ouest l’espace byzantino-ottoman à l’est l’espace persan et qui a la curiosité de détailler les mouvements de l’histoire à cet endroit constatera qu’ils sont très dépendants des pulsations, de la vie de ces deux empires auquel va s’ajouter tardivement au Nord l’empire tsariste.

L’URSS nouvelle va englober la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan mais l’espace ottoman occupé par la Turquie nouvelle et l’espace perse de l’Iran nouveau resteront libres de son influence. L’organisation territoriale de la nouvelle URSS en 1922 valide les frontières tracées entre voisins par le traité de Kars en 1921 et respecte le traité de Moscou entre la Turquie et l’URSS naissante qui début 21 établit entre eux une sorte de pacte de non-agression.

Ces frontières vont subsister jusqu’à aujourd’hui.

Cela donne en 1991 un État azéri avec une enclave (le Haut Karabakh) peuplée très majoritairement d’arméniens qui était du temps de l’URSS une simple région (oblast) de la RSS d’Azerbaïdjan. Immédiatement l’oblast se proclame et s’organise en république autonome. Mais cette proclamation n’a débouché sur aucune reconnaissance internationale pas même de l’Arménie voisine.
La guerre lancée en 1994 va lui permettre d’occuper une portion du territoire azéri qui la sépare de la république d’Arménie et elle chassera de cet espace les populations non arméniennes qui y résident.

Bien sur personne pas plus l’Azerbaidjian que l’Arménie ne reconnaitra cette conquête.

Pratiquement à partir de ce moment là le Haut Karabakh n’est plus une enclave, il devient une région non officielle de l’Arménie et la circulation régulière des marchandises et des personnes devient possible entre l’Arménie et le Haut Karabakh en dehors de tout contrôle de l’Azerbaïdjan. Sous d’autres cieux cette situation irrégulière du point de vue du droit international aurait pu dégénérer en conflit ouvert. Après 1994 et avant la crise de 2020 un seul petit accès de fièvre est noté en 2006. Mais la longue histoire de ces contrées périphérique d’empires a montré que des situations branlantes peuvent durer tant que les rééquilibrages géopolitiques globaux ne sont pas effectifs.

En fait ni à Bakou ni à Erevan on n’a voulu trancher dans le vif. Car le problème du Haut Karabakh n’était pas le seul. En effet il existait, cas peut-être unique au monde résultant de la longue histoire de ces contrées, une « exclave* » azérie : le Nakhitchevan un territoire faisant officiellement partie de l’Azerbaïdjan mais inaccessible depuis l’Azerbaïdjan puisque n’ayant de frontière qu’avec la Géorgie au Nord, l’Arménie à l’Est, l’Iran au sud et à l’ouest et une toute petite frontière de 9 km avec la Turquie.

Dans le traité de Kars et du temps de l’URSS ce territoire faisait bien partie de la République Socialiste Soviétique d’Azerbaïdjan mais c’était une république déclarée autonome puisqu’elle l’était pratiquement et géographiquement. Sa population qui comptait à l’origine une minorité arménienne était devenue au fil du temps presque totalement azérie, les arméniens y habitant s’étant installés ou ayant fui dans la RSS d’Arménie.

Cette situation était parfaitement connue du gouvernement installé à Bakou en 1991. En effet Heydar Alliev, père de l’actuel président azéri était lui-même originaire du Nakhitchevan et savait qu’en pratique cette région autonome de 400 000 habitants dépendait pour sa vie quotidienne et ses relations avec le monde extérieur de la seule Turquie, ses trois autres voisins : Géorgie, Arménie et Iran prenant bien garde de ne pas s’impliquer dans cette situation complexe et institutionnellement interne à l’Azerbaïdjan.

La guerre vient de s’achever le 11 novembre et le cesser le feu négocié et signé entre l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Russie ouvre la voie de la résolution de cette situation territoriale absurde.

Il en ressort que sous la protection de l’armée et des garde-frontières russes qui ont été immédiatement mis en place sur le terrain et y sont pour 5 ans renouvelables.

  • 1- L’Azerbaïdjan récupère les territoires occupés depuis 1994 par les troupes du Haut Karabakh
  • 2- Le Haut Karabakh ramené à sa taille initiale mais reconnu par l’Azerbaïdjan comme une province autonome a un accès garanti à l’Arménie par le corridor de Lachin qui sera protégé, aménagé et porté à une largeur de 5 kilomètres
  • 3- Que la population du Haut Karabakh qui les jours précédant le cesser le feu avait fui devant l’avancée des troupes azeries regagne son pays qui va devoir être reconstruit
  • 4- Qu’un autre corridor le corridor de Meghri va être ouvert au sud de l’Arménie qui permettra enfin au Nakhitchevan de communiquer régulièrement avec le reste de l’Azerbaïdjan et de faire réellement parti de la république azérie alors qu’il est concrètement aujourd’hui une annexe de facto de la Turquie.

Il s’agit d’un très grand succès de la diplomatie russe qui avec une parfaite connaissance des réalités régionales et du contexte historique a réussi à créer les conditions d’une normalisation de la situation territoriale. Cette normalisation va rendre possible une ouverture de nombreuses routes dans l’espace du Sud Caucase.

Le président arménien Pashynian qui en fidèle émule de George Soros a suscité la guerre de 2020 pour mettre Moscou dans l’embarras a organisé une agression et a fait croire à la population arménienne à une victoire militaire rapide a raté son coup et une partie de ses concitoyens peut à juste titre lui demander des comptes et lui faire porter la responsabilité des morts et des destructions.

Le groupe de Minsk a lui été totalement inopérant : soutenant l’opération Pashynian la France s’en est tenu à un discours opportuniste assimilant l’Azerbaïdjan à la Turquie, les États-Unis occupés par la période électorale et dont les intérêts impérialistes de fabrication du désordre aux confins de la Russie étaient portés par le Président arménien Pashinyan ont laissé faire.

De son côté l’Iran non impliqué mais voisin a fait confiance à la Russie, surveillé la situation et fermé ses frontières. La normalisation des frontières territoriales et le maintien de l’ordre régional par la Russie devrait permettre progressivement l’établissement ou le rétablissement de relations routière et ferroviaire Sud-Nord qui se limitaient jusqu’à présent à un passage routier entre l’Arménie et l’Iran.
L’Iran devrait constituer dans ce nouveau contexte géopolitique un axe de passage du commerce international entre la mer d’Arabie et le Caucase Sud, soit une des variantes des nouvelles routes de la soie.
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*exclave est un anglicisme dérivé d’enclave rarement utilisé en français et le cas du Nakhitchevan est le seul reconnu internationalement

   

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