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Mauro Armanino : « La concertation et le style du dialogue ‘nigérien’ et africain devraient être mis en valeur »

samedi 12 août 2023 par Robin Delobel

L’ultimatum lancé par la Cédéao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) aux militaires ayant pris le pouvoir au Niger a pris fin le ce dimanche 6 août 2023. De nombreux « débats » dans les médias occidentaux se contentent de disserter sur une hypothétique haine anti-français sans parler de l’ingérence économique et politique. Ils évoquent également des ressentiments quant au passé colonial qui serait lointain et sans conséquences à en croire nos éditocrates. Ces discours visent très souvent à côté des enjeux bien réels : économiques, politiques et militaires.

Nous interviewons Mauro Armanino, missionnaire et anthropologue travaillant auprès de migrants à Niamey capitale du Niger.

Pouvez-vous nous dire quel travail faites-vous au Niger ?

J’ai été invité par l’évêque précédent du diocèse de Niamey, de ma congrégation missionnaire, afin de fournir de l’aide et m’occuper des migrants ici. En effet, après sept ans au Liberia, avec la dernière guerre civile, j’ai passé quatre ans à Gênes en Italie travaillant avec les migrants, réfugiés, étrangers, prostitués et prisonniers.
Avant mon arrivé à Niamey, en 2011, personne ne s’occupait des migrants de manière spécifique. En plus de cela, je travaille dans le domaine de la formation des communautés chrétiennes dans le diocèse, je collabore avec la société civile dans le domaine des droits des migrants et j’accompagne une petite communauté chrétienne de quartier.

Quel est le rôle et l’impact pour le peuple du Niger des politiques de l’Union Européenne dans leur volonté d’externalisation des frontières ?

Il faut rappeler que les migrations au Sahel existent depuis un temps immémoriel !
L’Afrique de l’Ouest est une des zones au monde où l’on se déplace le plus, pour des raisons de travail et culturelles. Ce n’est pas par hasard que la CEDEAO (La communauté économique de l’Afrique de l’Ouest) avait conçu un protocole de ‘libre circulation des biens et personnes’ il y a longtemps de cela.

Donc la mobilité était favorisée et vue comme positive pour l’économie et la diplomatie. Puis, par impulsion de l’Occident (et la complicité de certains pays) on a commencé à parler de clandestin, irrégulier, illégaux et finalement considérés comme des criminels.
C’est ainsi que depuis mon arrivée l’identité ou la perception du migrant (appelé avant ici éxodant ou aventurier) a changé profondément. Depuis la rencontre Afrique- Europe de La Valette en 2015 sur les migrations et les décisions prises, le Niger a offert sa disponibilité à l’externalisation des frontières en échange d’aide financière.

Les fameux Fonds Fiduciaires qui auraient du aider à « aller aux causes profondes de la migration » ! Rien de tout cela bien sûr car l’année suivante le Niger a conçu une loi contre le « trafic des migrants » soit-disant pour les protéger et dans la réalité pour bloquer les migrations vers la Libye, entre temps détruite par l’OTAN !
Cette loi, supposée protéger les migrants est en effet un dispositif qui les criminalise et ce qui se passe sont les dizaines des morts dans le désert car il s’agit d’éviter les contrôles des militaires qui patrouillent les pistes dans le désert !
Donc en réalité la politique occidentale est un échec reconnu pour tout le monde mais dont le bilan est gardé secret…

Les médias français ou belges évitent systématiquement de parler de la guerre menée à l’initiative de Sarkozy en Libye, n’est-ce pas la cause principale de l’ampleur du terrorisme au Sahel et dans l’Afrique de l’Ouest ?

En effet, malgré le conseil de l’Union Africaine et en particulier du président du Niger d’alors Mahamadou Issoufou d’éviter toute attaque militaire, le désastre a été complet.

Armes, groupes armés, djihadistes bien formés, destruction de l’économie et de la politique… La Libye, qui donnait du travail à des centaines de milliers d’Africains et Nigériens en particulier s’est effondrée. Cela a eu un impact dramatique dans la région et le Sahel en particulier.
Ce qui s’est passé au Mali et ailleurs ne saurait être compris sans la crise libyenne, aussi dans le domaine des migrations. La cause principale de l’ampleur du terrorisme ?
C’est difficile à discerner mais sans aucun doute je dirai déterminant par rapport aux armes et aux groupes armés.

Quel regard portez-vous sur la situation politique actuelle ?

Nous nous trouvons au beau milieu d’un moment complexe du pays et de la sous-région. Un ami politologue nigérien définit ce coup d’état comme opportuniste, vu le contexte international, régional et national.

On ne saurait trop enquêter sur les motivation réelles du coup, dans un pays qui en soixante trois ans d’indépendance a eu cinq coups d’État. Néanmoins, on peut dire que, en considération du rôle du PNDS, le parti au pouvoir depuis douze ans et les élections douteuses de 2021 de l’actuel président Mohamed Bazoum, ce coup pourrait être une opportunité pour renouveler le jeu démocratique.

Évidemment, sachant le rôle du Niger dans le contexte régional, après la prise de position de la politique anti-française du Mali et le Burkina Faso, avec l’ombre de la Russie, les pays occidentaux réagissent à leur manière, ainsi que la CEDEAO.
Il faudra trouver un chemin de sortie, délicat, pour que cette fragile opportunité ne soit pas noyée.

Les dirigeants qui prennent le pouvoir actuellement ne semblent pas si éloignés des précédents si l’on se fie à leur parcours, peuvent-ils être influencés par le mouvement de résistance aux dictats coloniaux (la France et ses vassaux) qui montent en Afrique de l’Ouest ?

C’est difficile à dire pour le moment. Ce qui nous semble certain c’est que la diplomatie, la concertation et le style du dialogue « nigérien » et africain devraient être mis en valeur, poursuivi et encouragé plutôt que brandir des menaces venant de l’extérieur qui ne font que creuser davantage les positions.

Surtout il faut éviter une intervention armée car on risquerait d’assister alors à une deuxième Libye…

interview réalisée le 5 aout 2023

Photo : NigerTZai wikicommons


Voir en ligne : https://www.investigaction.net/fr/m...

   

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