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Les deux-tiers des épidémiologistes mettent en garde sur les mutations du virus qui pourraient rendre les vaccins COVID19 inefficaces d’ici un an

Une nouvelle étude montre le danger des inégalités vaccinales

jeudi 1er avril 2021 par Robin Guittard/oxfam

Des épidémiologistes, pour certain-e-s issu-e-s des plus grandes institutions universitaires du monde, viennent de partager leurs inquiétudes et avertissent du risque planétaire de ne pas garantir un accès juste et équitable aux vaccins COVID19 pour protéger les populations dans tous les pays du monde.
Selon l’enquête menée auprès de 77 épidémiologistes de 28 pays - à l’initiative de la People’s Vaccine Alliance, dont est membre Oxfam - deux-tiers des répondant-e-s estiment que nous n’avons qu’un an, sinon moins, avant que le virus ne mute pour arriver à un point où la majorité des vaccins de première génération deviendraient inefficaces, et imposerait donc d’importantes modifications. Pour un tiers des épidémiologistes, nous n’avons que neuf mois au maximum. En moyenne, moins d’un-e épidémiologiste sur huit s’est montré-e confiant-e sur l’efficacité du vaccin sur le long terme malgré les mutations.

Une écrasante majorité (88 %) a déclaré qu’une faible couverture vaccinale persistante dans de nombreux pays augmenterait la probabilité d’apparition de mutations résistantes aux vaccins.

Oxfam tire la sonnette d’alarme : à ce rythme, seulement 10 % de la population de la majorité des pays les moins développés seront vacciné d’ici l’année prochaine.

Près de trois-quart des sondé-e-s, avec parmi eux des épidémiologistes, des virologistes et des spécialistes des maladies infectieuses issu-e-s de l’Académie nationale de médecine de France, de l’université John Hopkins de Yale aux Etats-Unis, de l’Imperial College de Londres au Royaume-Uni, des universités de Cambridge, Edimbourg ou du Cap en Afrique du Sud, indiquent que le partage des technologies et de la propriété intellectuelle sur les vaccins augmenterait la vaccination à l’échelle mondiale.

Oxfam appelle à la levée des monopoles des groupes pharmaceutiques sur les vaccins et au partage des technologies vaccinales pour augmenter urgemment les capacités de production et accélérer les efforts de vaccination partout dans le monde.

Selon Devi Sridhar, Professeure de santé publique mondiale à l’université d’Edimbourg : « plus le virus circule, plus la probabilité est grande que des mutations et variants surviennent, ce qui pourrait rendre nos vaccins actuels inefficaces. Dans le même temps, les pays les moins avancés sont laissés de côté, sans vaccins ni matériels médicaux de base comme les bouteilles d’oxygène. »

« Nous l’avons vu, les virus n’ont que faire des frontières. Il faut vacciner autant que possible, partout dans le monde, aussi vite que possible. Pourquoi attendre alors que nous pourrions reprendre la main sur la situation ? »

Sans s’avancer sur des délais, Gregg Gonsalves, Professeur agrégé d’épidémiologie à l’université de Yale, partage cette vision de l’urgence de la vaccination à l’échelle planétaire. Il explique : « avec des millions de personnes infectées par le virus dans le monde, de nouvelles mutations émergent quotidiennement. Parfois, elles trouvent une niche qui les rend plus fortes que leurs précédentes versions.

Ces variants peuvent se transmettre plus facilement et, potentiellement, échapper aux réponses immunitaires des précédentes souches. À moins de vacciner le monde entier, on laisserait le champ libre à de plus en plus de mutations, ce qui engendrerait des variants qui résisteraient à nos vaccins actuels, et nécessiterait des vaccinations additionnelles pour s’en sortir. »

Alfred Spira, Professeur de médecine, épidémiologiste et membre de l’Académie nationale de médecine en France : « Le schéma de circulation de ce virus, à la fois à l’intérieur et entre les pays, rend impossible non seulement de supprimer ni de contrôler en toute sécurité la pandémie dans un court laps de temps.

La seule stratégie est d’immuniser les populations partout dans le monde, en adaptant les vaccins aux évolutions virales. Cela doit s’appuyer sur une coopération scientifique, médicale et industrielle rapide et forte pour fournir des vaccins à toute l’humanité, en considérant les vaccins comme un bien commun universel. »

Quarraisha Abdool Karim, Directrice scientifique agréée au CAPRISA et Professeure d’épidémiologie clinique à la Columbia University explique : « A mesure que les pays commencent à développer leurs programmes de vaccination, nous sommes une fois de plus rappelés de notre interdépendance. Avec d’un côté de hauts taux de vaccination et des immunités collectives dans certains pays et, d’un autre, des pays, et particulièrement ceux aux revenus faibles ou moyens, qui continuent d’attendre patiemment les vaccins, on crée un environnement parfait pour que le virus puisse muter et annuler toutes les avancées des vaccinations. »

L’étude montre qu’il est impératif pour la sécurité planétaire que les personnes des pays en voie de développement soient vaccinées aussi vite que possible. Ne pas s’attaquer à l’inégalité mondiale autour des vaccins augmenterait le risque de nouvelles mutations.

Pourtant, malgré cet impératif, les pays riches défendent les monopoles des géants pharmaceutiques. Cela implique que les doses sont volontairement rationalisées, avec une poignée d’entreprises décidant de qui vit. Et de qui meurt.

Plus tôt ce mois-ci, les pays riches ont continué de bloquer une proposition visant à suspendre temporairement les droits de la propriété intellectuelle sur les vaccins contre le COVID-19. Oxfam les exhorte à revenir sur leur décision quand les discussions reprendront à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en avril.

Oxfam appelle également les firmes pharmaceutiques travaillant sur les vaccins pour le COVID-19 à partager publiquement leur technologie et leur propriété intellectuelle avec la plateforme d’accès aux technologies contre la COVID19 (C-TAP) de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), afin d’accélérer la production et le déploiement des vaccins dans tous les pays.

Sandra Lhote Fernandes, experte Santé et inégalités mondiales chez Oxfam France précise : « dans de nombreux pays riches, les personnes vaccinées commencent à se sentir en sécurité, mais, à moins de vacciner tous les pays, il subsistera un risque énorme que leur protection offerte par les vaccins soit ruinée par de nouvelles mutations. »

« Cette étude montre qu’il faut que le vaccin soit un bien public mondial, pas seulement pour protéger les personnes des pays les moins riches, mais également pour assurer que les personnes déjà vaccinées dans le monde ne soient pas à nouveau mises en danger »

Les vaccins actuels semblent être au moins partiellement efficaces contre les mutations existantes, mais là où les nouveaux vaccins sont attendus, il faudra attendre des mois avant qu’ils soient approuvés pour être utilisés, et davantage encore pour que les vaccinations commencent. En attendant, les confinements et restrictions de voyager continueront à être les protections les plus efficaces contre les hausses des contaminations et des décès. Les méthodes de fabrication des nouveaux vaccins seront également sujets aux monopoles pharmaceutiques, restreignant à nouveau l’accès au reste du monde.

La Docteure Mohga Kamal Yanni, Conseillère en Politique de Santé pour la People’s Vaccine Alliance, pose la question sous un autre angle : « si nous étions en guerre contre un pays appelé "COVID", les gouvernements laisseraient-ils les décisions vitales sur la production, la quantité ou les prix dans les mains des entreprises fabricantes ? »

« Étant donné que les vaccins sont notre arme la plus puissante dans la lutte contre le COVID-19, les dirigeant-e-s mondiaux doivent prendre le contrôle pour permettre au C-TAP de l’OMS de faciliter le partage de la technologie et de la propriété intellectuelle afin que toutes les entreprises capables puissent maximiser la production mondiale de vaccins. »

Contacts
Robin Guittard, rguittard@oxfamfrance.org, 06 34 87 10 01

Notes aux éditeurs

Sur les 77 participants à cette enquête

  • · 66,2 % pensaient que nous avions un an sinon moins avant que le virus ne mute, dans la mesure où la majorité des vaccins de première génération sont rendus inefficaces (18,2 % pensaient que nous avions 6 mois ou moins et 32,5 % disaient 9 mois ou moins).
  • · 7,8 % pensaient que nous ne verrions jamais de mutations rendant les vaccins actuels inefficaces et des vaccins nouveaux ou modifiés nécessaires et 7,8 % supplémentaires ne se sentaient pas confiants dans l’estimation temporelle. 18, 2% pensaient qu’il nous restait 2 ans ou plus avant que des mutations ne rendent les vaccins actuels inefficaces et que des vaccins nouveaux ou modifiés soient nécessaires.
  • · 74 % ont déclaré que le partage ouvert de la technologie et de la propriété intellectuelle pourrait accroître la couverture vaccinale mondiale. 23 % ont dit peut-être et 3 % ont dit non.
  • · 88,3 % ont déclaré qu’une faible couverture vaccinale persistante dans de nombreux pays augmenterait la probabilité d’apparition de mutations résistantes aux vaccins, 6,5 % ont déclaré l’inverse, et 5,2 % n’ont pas répondu à la question.

L’enquête a été réalisée entre le 17 février et le 25 mars 2021. Les personnes interrogées comprennent des épidémiologistes, des virologues et des spécialistes des maladies infectieuses des universités/institutions suivantes :
Aalborg University Hospital au Danemark, Académie nationale de médecine in Paris, Africa Centres for Disease Control and Prevention, Amader Hospital India, AMREF International University au Kenya, Belgian Lung and Tuberculosis Association, Cambridge University, Center for Family Health Research en Zambie, Centers for Disease Control & Prevention au Soudan du Sud, Centre for Infectious Disease research Zambia, Columbia University USA, Complutense University de Madrid, Danish Medical Association, école de santé publique de l’Université in Montréal, Emory University USA, Forum for ethics review committees en Inde, Fundación Huésped en Argentina, Georgetown USA, Good Clinical Practice Alliance – Europe (GCPA), Hamdard University en Inde, Ibn Sina Academy of Medicine and Sciences en Inde, Imperial College London, Institute of Human Virology, University of Maryland School of Medicine USA, ISPG - Instituto Superior Politecnico de Gaza, Johns Hopkins University USA, Johnson & Johnson, Kabale University en Ouganda, Kenya Medical Research Institute, Lebanese University, London School of Hygiene and Tropical Medicine, Makerere University en Ouganda, Movement for Community-led Development, Mpilo Nhle en Afrique du Sud, National Institute for Infectious Diseases Lazzaro Spallanzani en Italie, National Research Ethics Board/PREVAIL au Liberia, OTRANS-RN au Guatemala, Oxford University Clinical Research Unit au Vietnam, Portland State University School of Public Health USA, St. Luke’s Medical Center aux Philippines, Tufts University USA, University College London au Royaume Uni, University College London Institute for Global Health au Royaume Uni, University of Cape Town, Cliniques Universitaires Saint-Luc en Belgique, University of the East Ramon Magsaysay aux Philippines, UK Emergency Medical Team, Unicamillus International University of Medical en Italie, Union of Junior Doctors au Danemark, Universidad Autónoma Gabriel Rene Moreno en Bolivie, Universidad Nacional del Litoral en Argentine, University of Cambridge au Royaume Uni, University of Cape Town in South Africa, University of Edinburgh au Royaume Uni, University of Maryland USA, University of Oxford, University of Pretoria en Afrique du Sud, University of Southern Denmark, University of Zimbabwe, University of Zambia, Walter Sisulu University in South Africa, World Health Organisation India, Wits University en Afrique du Sud et la Yale School of Public Health USA.

Les répondants venaient des 28 pays suivants : Afrique du Sud, Algérie, Argentine, Australie, Belgique, Bolivie, Canada, Danemark, Éthiopie, France, Guatemala, Inde, Italie, Kenya, Liban, Norvège, Philippines, Sénégal, Somalie, Soudan du Sud , Espagne, Emirats Arabes Unis, Ouganda, Royaume-Uni, États-Unis, Vietnam, Zambie et Zimbabwe.

   

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